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Thaïlande: Prayut Chan-O-Cha, le général qui ne voulait pas lâcher le pouvoir

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Il avait promis de restaurer la démocratie, mais n’a cessé de resserrer son emprise sur le pays. Général à poigne à la tête de la Thaïlande depuis le coup d’État de 2014, Prayut Chan-O-Cha se rêve désormais en Premier ministre légitimé par les urnes.

Dimanche, après avoir voté aux législatives, les premières depuis sa prise de pouvoir, l’ancien militaire de 65 ans, arborant lunettes noires et chemise bariolée, a encouragé les électeurs à se rendre aux urnes pour « aider au développement du pays ».

Prayut Chan-O-Cha se montre confiant dans ses chances de succès, surtout depuis la candidature avortée en février de la sœur du roi au poste de Premier ministre pour un parti rival.

Coommandant en chef de l’armée, il n’était qu’à quelques mois de la retraite lorsqu’il a pris le pouvoir le 22 mai 2014, après six mois de manifestations contre le gouvernement de Yingluck Shinawatra. Un coup d’État orchestré, selon lui, uniquement par sens du devoir pour défendre la monarchie.

Depuis, il a remplacé son uniforme kaki par des costumes cravates ou des vestes traditionnelles col Mao colorées.

Connu pour ses déclarations à l’emporte-pièce et ses gaffes, Prayut Chan-O-Cha aime dispenser ses conseils sur tout type de sujet, notamment lors de sa grand-messe télévisée hebdomadaire.

Quitte à proposer des remèdes déconcertants, comme « ne pas faire ses courses » pour éviter les dettes, et à accuser, sur le ton de la plaisanterie, ses adversaires d’utiliser la « magie noire » à son encontre.

Il aime cultiver l’image d’un homme proche du peuple, rejoignant sous l’oeil des caméras des villageois pour une danse folklorique improvisée, embrassant un crapaud, balayant après des inondations ou dirigeant en survêtement une séance d’aérobique au milieu de centaines de fonctionnaires.

Il s’est aussi improvisé poète et a composé huit chansons depuis 2014, visionnées des milliers de fois sur internet.

– Colérique –

Tout cela ne doit pas cacher sa véritable personnalité, « prompte à la colère et très hiérarchique », allant jusqu’à menacer les journalistes qui osent le défier, souligne Paul Chambers, spécialiste de politique thaïlandaise à l’Université de Naresuan, dans le nord du pays.

Le général a participé à certaines des pages sombres de l’histoire récente du royaume.

Il est souvent décrit comme l’artisan de l’assaut militaire du 19 mai 2010 contre le camp retranché des « Chemises Rouges » (partisans des Shinawatra) qui occupaient le centre de Bangkok pour réclamer la démission du gouvernement de l’époque. Bilan, 90 morts et 1.900 blessés.


Il aurait aussi soutenu le putsch contre Thaksin Shinawatra en 2006, d’après une note diplomatique américaine diffusée par le site WikiLeaks.

Prayut Chan-O-Cha est né dans une famille du nord-est du pays.

« Enfant, il était très turbulent. Mais, en classe, il était très appliqué, craignant sa mère qui était notre institutrice et voulait le pousser au maximum », se souvient Sukanya Pimolpan, une camarade de l’époque rencontrée par l’AFP.

A 26 ans, il devient commandant de la prestigieuse unité des Gardes de la reine en 1980.

Cet amateur de golf, père de deux jumelles, est promu à la tête de la Première armée (centre du pays, dont Bangkok) en 2006, avant de devenir numéro deux des forces terrestres, puis de prendre la direction de l’armée en 2010.

Peu après le coup d’État, il avait promis de restaurer l’ordre et la démocratie.

Mais il a mis près de cinq ans à organiser des élections et a accentué la répression à l’encontre des voix dissidentes.

Prayut Chan-O-Cha a aussi fait adopter en 2016 une Constitution qui permet aux militaires de nommer le Sénat et d’avoir ainsi de bonnes chances de conserver le pouvoir.

Il est clair que « Prayut veut continuer à diriger le pays (…) Il peut aussi avoir des intérêts personnels à protéger, craignant ce qui pourrait arriver si ses adversaires reprenaient le pouvoir », estime Thitinan Pongsudhirak, politologue à l’Université Chulalongkorn.

« Techniquement il pourrait rester au pouvoir deux fois quatre ans, soit jusqu’en 2027 », renchérit Paul Chambers.

Le général voyage depuis des mois à travers le pays pour donner de lui une image plus sympathique que celle du général putschiste au tempérament ombrageux.

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