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Tchad : « Remplacer un Ministre par son subordonné est une pratique peu recommandable », Lydie Béassemda

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Dans son allocution de sortie, l’ancienne ministre de l’Enseignement supoérieur, Lydie Béassemda a laissé entendre que son successeur, aurait comploté afin qu’elle soit mutée. Pour elle, un ministre ne devrait pas être remplacé par son subalterne. Ci-dessous, l’intégralité de sa déclaration

Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement #

Monsieur le Ministre SGG

Cher Collègue et Frère Monsieur le Secrétaire d’Etat

Monsieur le Ministre Entrant,

Monsieur le Directeur Général du Ministères,

Messieurs les Recteurs des Académies,

Messieurs les Présidents des Universitaires,

Mesdames et Messieurs les Directeurs des Institutions sous tutelle,

Mesdames et Messieurs les Directrices et Directeurs Techniques ;

Chers collaborateurs et collaboratrices du staff administratif et du Cabinet,

Mesdames les Enseignantes Chercheurs, Chères Sœurs

Il est écrit « Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement ». Cette parole tirée de mes croyances est édifiante car de la fin comme point d’observation, on peut percevoir les caractéristiques de MESRSI. C’est un Ministère géant comme une araignée qui se répand à travers les établissements vers les provinces du Tchad. Le MESRSI fout la trouille avec une mixité et une chaleur humaine, une importante délinquance juvénile et sénile, de gros problèmes de former des équipes de progrès… c’est un lieu à la fois moderne et pauvre, démesuré par la grandeur des chantiers inachevés et irresponsable par le taux élevé de chômages des lauréats. Bref c’est un ministère sensible.

Je veux vous parler directement. Vous comprenez donc la sérénité, la paix et l’assurance qui m’animent au moment de passer le témoin. J’éprouve un sentiment de reconnaissance à l’égard du Dieu qui a commencé et achève avec moi l’œuvre qui m’a été confiée pour le temps que Lui a prévu.

La quiétude qui a séjourné dans ce ministère et dans les universités habituellement mouvementées, ne saurait être le fait de ma modeste personne, ni de celle de mon collègue le Secrétaire d’Etat. C’est le travail, la responsabilité et la détermination communiquée par la Providence. Je l’ai fait à travers les équipes avec application.

Le MESRSI était difficile à gérer car de manière pernicieuse, il apparaît des désordres, de manque de repères, de manœuvres politiques qui apportent de l’obscurité, de la fragilisation, des troubles, des préjudices, des actes intolérables…

Ayant travaillé en équipe, j’ai eu le privilège d’avoir des hommes et des femmes à mes cotés pour m’accompagner, me conseiller, et me soutenir. Ils se reconnaissent à travers mon regard et mes mots. Je leur adresse mes toutes gratitudes.

Mesdames et Messieurs,

Comme vous le savez tous, au lendemain de la disparition du Marechal du Tchad, les milieux universitaires étaient devenus le sanctuaire des contestations. Les manifestants semblaient avoir des revendications de respect. Bien entendu pour avoir des moyens pour travailler sereinement. Mais très vite c’est le dérapage de la contestation vers le rejet du Conseil Militaire de Transition. De ces manœuvres des lobbies installés depuis belle lurette dans ces milieux de contestation, il est apparu des diffusions de messages anti-CMT dans les amphithéâtres. Ces messages pouvaient faire basculer notre pays dans une grande et violente crise sociopolitique. Quand on sait que la guerre de 79 avait commencé au Lycée Felix Eboué.

Accepter d’apporter sa pierre de contribution à la stabilité dans un contexte incertain, car je le répète que je n’avais pas fait la demande d’un poste ni été consultée, signifiait prendre des risques. Le Secrétaire d’Etat, moi –même, et nos collaborateurs avions fait l’objet d’une tentative d’assassinat dont les commanditaires sont bien connus.


Au terme de la mission qui nous a été confiée, l’on peut dire que le pire a été évité en son temps et dans la circonstance en question. C’est pourquoi j’éprouve un sentiment du devoir accompli par rapport à l’accalmie des manifestations dans les établissements d’enseignement public.

Sur un tout autre plan, quelques réalisations méritent d’être évoquées.

L’arrêté conjoint portant fonctionnement des a académies est enfin signé, sa mise en œuvre est un nouvel enjeu de tout le dispositif éducatif. Le processus d’élaboration d’une stratégie de l’éducation en perspective est une opportunité unique à saisir.

Le ministère doté d’une nouvelle architecture organisationnelle au niveau de l’administration centrale, peut être le véritable levier de la création de pôles de recherche et d’enseignement supérieur si et seulement si les personnes responsabilisées répondent aux critères de mérite. Car n’est pas manager qui le veut, seul l’exercice garantie la compétence.

Le positionnement de la recherche au cœur des défis et enjeux de la transition, est capital, si l’on veut élaborer des solutions endogènes aux problèmes du Tchad. Aussi, j’encourage l’équipe des Enseignants chercheurs des groupes thématiques «Dialogue National » et « Réconciliation Nationale » à parachever leurs œuvres par la publication de leurs résultats qui resteront une référence dans l’histoire de notre Nation.

La finalisation du processus d’acquisition des bus et leur mise à disposition pour le transport des étudiants a permis à l’Etat d’épargner 59 millions/mois depuis six mois.

De manière générale, la capacité de nuisance des lobbies sur les activités académiques a été maitrisée.

Plusieurs chantiers en cours traduisent la détermination et le désir de refonder le secteur de l’enseignement supérieur en péril. Le manque d’attractivité et la faiblesse de la gouvernance d’une part et la réduction drastique des allocations budgétaires de nos institutions d’autre part fossoient nos institutions. A cela, s’ajoute le manque d’équipements et réactifs dans les laboratoires. Cet état de fait interpelle tous les acteurs institutionnels, les forces vives de la Nation et les étudiants. Notre jeunesse mérite plus d’attention, d’égards bienveillants en ce contexte de transition.

Quel Tchad léguerons –nous aux générations futures ? Pour emprunter la citation d’Albert Einstein « Nous n’aurons le destin que nous aurons mérité ». Que les enfants des uns aient étudié en Amérique, en Asie ou en Europe et que d’autres aient étudié dans nos Universités, c’est au Tchad qu’ils vont contribuer. Pourquoi vouloir envoyer vers l’obscurité ceux d’ici et laisser ceux d’ailleurs dans la lumière ?

Elles sont nombreuses malheureusement, les personnes dont les motivations individuelles ou collectives visent à conduire l’enseignement supérieur dans l’abime. Les Universités, les instituts universitaires, les laboratoires, les grandes écoles, le Centre National des œuvres universitaires courent les risques de déstabilisation. Tapis à l’ombre des réseaux de privilèges multiformes dans ces établissements, les lobbies, ces ennemis sans visage et sans identité, se sont activés pour restaurer le cycle d’instabilité institutionnelle et mettre en place des mécanismes qui détourneraient le Ministère de sa véritable mission ; ENSEIGNER ET ELEVER LA NATION à travers la mise sur le marché des compétences et des expertises de haute facture.

Je voudrais me réjouir cependant, qu’il existe des hommes et des femmes dévoués à la cause de nos institutions et de l’avenir de la Jeunesse. A vous, je souhaite beaucoup de courage et de persévérance. Votre valeur est déterminée par les bonnes actions que vous avez posées et continuerez mettre en œuvre.

Je ne saurai finir mes propos, en mentionnant le caractère atypique de ce renouvellement institutionnel. Remplacer un Ministre par son subordonné est une pratique peu recommandable. Sous d’autres cieux, cela n’aurait pas eu lieu.

Dans ce pays, il n’y a pas de secret. Monsieur Ali Weidou, seul connait les sentiers parcourus pour atteindre ses fins. Beaucoup personnes ici, sont inscrites sur le même registre. Si les moyens sont fondés sur la vérité et la justice, je souhaite plein succès à la mission qui est confiée à mon successeur; s’ils ne le sont pas, l’avenir sera juge. Mon expériences au Ministère de l’Agriculture m’a instruit.

Au Général Mahamat Idriss Deby, Président du Conseil Militaire de Transition, Chef de l’Etat, je voudrais attester que j’ai tenu à ma promesse de contribuer à la stabilisation du Tchad à sa demande. Je formule le vœu pour lui afin que la Sagesse qui surpasse toute intelligence lui soit accordée pour la conduite de la Transition dont les labyrinthes sont jalonnés d’anciennes pratiques. Pour ma part, comme je l’ai réitéré à toutes les occasions, je demeure une personne principes.

Monsieur le Secrétaire Général,

Chers collaborateurs,

Chers Enseignants et Enseignantes chercheurs

Je vous renouvelle encore mes remerciements. Nous resterons connectés lorsqu’une la cause de l’enseignement supérieur exigera de chacun de nous une contribution.

Je vous remercie pour votre attention.



A SAVOIR

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