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Restitution d’objets d’art: le Bénin veut « bien faire les choses »

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Loin de la restitution « rapide » de ses trésors pillés proposée par la France, le Bénin prévoit deux ans pour peaufiner ses préparatifs, avec un nouveau musée et des conservateurs dédiés, explique à l’AFP José Pliya, Directeur de l’Agence nationale de promotion des patrimoines et du tourisme du Bénin.

Question: Que pensez-vous de la proposition française de restituer au plus vite 26 oeuvres d’art saisies en 1892 par le général français Alfred Dodds dans le palais des rois du Dahomey (actuel Bénin), à Abomey ?

Réponse: On a vraiment apprécié la proposition de Paris d’un dépôt sans délai au Bénin mais ce ne serait pas sérieux ni même responsable. Aujourd’hui, on n’a pas d’espace, de lieu digne d’accueillir ces objets là. Symboliquement, Cotonou ne représente rien pour des objets d’une telle valeur. C’est d’Abomey (à 150 kilomètres au nord de Cotonou) qu’ils sont partis, et c’est là qu’ils doivent revenir, or Abomey n’est pas prêt.

Ce retour est tellement fort, on peut en faire un tel événement qu’on veut vraiment bien faire les choses. A la proposition française, notre réponse c’est +patience, gardez les encore un petit peu le temps que nous soyions vraiment prêts+.

Au-delà du symbole, notre président veut que ces objets reviennent dans un musée, au sein une stratégie de développement touristique. Nous voulons inscrire nos patrimoines dans une stratégie de développement économique, de créations d’emplois.

Q: Quel est votre calendrier ?

R: On a mis en place un comité pour le retour des biens qui réfléchit aux conditions de ce retour. Il y a de notre côté trois conditions principales.

La première, c’est la condition technique de conservation et de sécurité de ces biens. Nous sommes en train de construire un tout nouveau musée à Abomey, dans l’enceinte des anciens palais, qui accueillera principalement les 26 pièces qui nous sont restituées. Ce musée est financé par l’Agence française de développement. Les travaux vont commencer au quatrième trimestre de cette année et la durée des travaux sera de deux ans.

Donc pour nous, le retour de ces objets (est prévu) pour l’inauguration de ce musée à l’automne 2021.


La seconde, c’est la formation des conservateurs, de toutes les personnes qui vont devoir gérer ce nouveau musée et ces objets. On a un partenariat avec le musée du quai Branly pour la formation des personnels. On a un gros besoin d’expertise pour qu’une nouvelle génération de conservateurs bien formés puisse s’occuper de manière pérenne de ces objets.

Q: Et la troisième condition ?

R: C’est la dimension symbolique du retour. Ces objets sont au-delà de l’esthétique, ce sont des objets sacrés, liés à la personnalité du roi. Il y a donc tout un processus de réinvestissement spirituel de ces objets qui est en cours avec les dignitaires d’Abomey, avec les prêtres de la religion vaudoue.

Par ailleurs, ces objets sont le symbole d’un royaume qui a été dominant, qui allait faire des razzias dans les villages des ethnies voisines pour vendre ses habitants aux marchands négriers. Ce n’est donc pas forcément évident pour les populations qui ont eu à subir pendant plusieurs siècles la domination des rois d’Abomey.

Je cite souvent l’exemple du trône du roi Ghezo qui était posé sur quatre crânes de princes Yoruba. Dans le pays Nâgo, près de Ketou – une des régions qui a subi les razzias des rois d’Abomey – lorsque vous arrivez la nuit dans un village et que vous toquez à la porte, on vous demande comme une boutade : +C’est un être humain ou un Aboméen ?+.

C’est beaucoup dans le non-dit mais, l’air de rien, ces choses là demeurent. Il y a donc un travail de réconciliation et de pédagogie aussi à faire. Il faut pacifier ces choses-là avant ce retour, pour lui donner l’écho national qu’on souhaite.

(Propos recueillis par Marie WOLFROM)


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