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Me Manassé Doumra : « ils ont ouvert le feu, des balles réelles (…) contre nous »

arrot du Tchad
Me Manassé Doumra , avocat au b

L’avocat raconte le déroulement de l’agression dont lui et ses clients ont été victimes le 22 mai dernier au Palais de Justice de Doba.

 

Maitre, racontez-nous ce qui s’est passé le 22 mai 2018 à Doba ?

En réalité, ce qui s’était passé, c’est que j’ai été constitué pour défendre trois personnes, donc au début c’était trois personnes qui sont arrêtées. L’un s’appelle Hissein, l’autre c’est Hassan, le troisième s’appelle Bouba. Le contingent qui les a arrêtés en date du 22 août 2017, les a amandés, de lourdes amandes et leur a demandé qui est leur chef de race. C’est ainsi que le chef de race qui se trouvait à Moundou a été appelé pour se rendre avec les parents de ceux qui sont arrêtés et gardés à vue. C’est ainsi qu’ils sont partie à Mbaibokoum et le contingent de Mbaibokoum a demandé le paiement [des amandes], les parents de Hissein ont donné 1 900 000 FCFA, les parents de Bouba ont donné 900 000 FCFA et les parents de Hassan ont donnée 250 000 FCFA.

 

Est-ce cela comblait l’amande demandé ?

C’est des amandes arbitraires, parce que la loi n’autorise pas un Officier de Police Judiciaire  de prendre de telles amandes. L’officier de police judiciaire son rôle est essentiellement réservé à la recherche, à l’enquête à l’arrestation, la garde à vue des criminelles et enfin de dresser les procès-verbaux pour communiquer au parquet, au magistrat instructeur. Lorsqu’il a collecté cet argent, il a décidé de son propre chef de libérer Hissein, celui à qui les parents ont payé un million 900 mille. Chose qui n’est pas normal également, parce que s’il est un briguant, il ne lui appartient pas en tant qu’OPJ de le libérer. C’est ce qui est fait pourtant.  Maintenant, ensuite les deux dont les parents ont payé 900 000 et 200 000, il a estimé que ces sommes sont peu donc il va étudier le cas et ensuite il se retourne vers le chef de race qui est venu parce que c’est les membres de sa communauté. Il procède à son arrestation en lui disant que c’est le commandant de Légion du Logone oriental qui a donné l’ordre de l’arrêter.

 

Qu’est ce qui s’est passé ensuite ?

Lorsque nous sommes allés faire les formalités, Mahamat Dongo, chef de poste titulaire de la maison d’arrêt de Doba, Ramadan Ibet Barh chef de poste adjoint ont appelé le gouverneur. Le commandant de la légion (de gendarmerie) titulaire, le commandant de GNNT comme ils sont les éléments de la garde nomade, ils ont appelé leur chef hiérarchique Mahamat Yoro aussi donc c’est ainsi que Mahamat Yoro a échangé avec le gouverneur qui a ordonné l’intervention.

Nous sommes sorties de la maison d’arrêt et à environ de 200 mètres nous avons été interceptés par 3 véhicules dont un appartient au commandant de groupement et les deux appartiennent à la légion de la gendarmerie. Et moi j’ai été instruit, comme avant de quitter le palais de justice, le régisseur titulaire m’as déjà dit que quelqu’un vient d’alerter le gouverneur. Donc quand moi j’ai les vu (3 véhicules) entrain de venir j’ai instruit le chauffeur « si une balle ne te traverse pas ne t’arrête pas, fonce jusqu’au palais de justice. Peut-être que nous aurons notre salut. C’est comme ça que le chauffeur a fait comme s’il allait s’arrêter mais a foncé. Et quand il a accéléré, eux ils ont ouvert le feu, des balles réelles nourries, en rafale même contre nous. Vous allez constater que, les roues arrières gauche comme droite ont pris plusieurs balles jusqu’au palais de justice. Et même dans l’enceinte du palais ils ont couru pour sauter dans le véhicule. Ils ont tiré des balles en rafale des cartouches ont sauté pour tomber dans le véhicule. Moi j’ai eu la vie sauve en entrant précipitamment dans la salle d’audience et j’ai informé au procureur titulaire et au président titulaire qui sont en audience pour dire que voilà « l’exécution de votre décision qui crée cette attaque ». Le président de tribunal a dit « Maitre vous n’avez pas besoin de parler, les gens continuent par tirer mettons-nous rapidement à l’abri dans le bureau ». On a été pris en otage, de 15h jusqu’à 17h au niveau du palais de justice. Ils ont pris mes clients, ils les ont bastonnés, ils les ont jetés dans le véhicule, ils les ont ramenés. C’est après plusieurs interventions que les deux sont libérés. Mais Oumarou Magadji est « tué », est tué pourquoi je vous le dit, moi j’ai parlé avec le ministre de la justice, avec le directeur général de la gendarmerie, ils n’ont pas pu le retrouver.

 


Avez-vous des preuves de ce que vous avancé ?

Ce n’est pas à moi d’avancer les preuves, c’est à eux parce que moi j’ai exécuté les décisions de justice. Aujourd’hui devant le tribunal, ils sont incapables, c’est pourquoi nous avons soulevé l’incompétence du Tribunal de grande instance par ce que l’affaire est un crime. Il n’appartient pas à moi de prouver, il appartient à l’Etat, l’administration publique qui a arrêté, confisqué, séquestré  mes clients de prouver qu’il est vivant. Il est porté disparu aujourd’hui, la disparition équivaut à la mort même s’il y a en matière de disparition, c’est encore plus grave parce que pour établir l’acte de décès on laisse couler un certain temps.

 

Qu’est-ce que vous espérez de ce procès ?

Je n’attends rien de ce procès. Tel que c’est parti, il y a déjà violation grave et frontale des principes du droit de l’homme et moi ce que j’attends, que la procédure finisse. Je vais saisir la Cour africaine de droit de l’homme pour obtenir la condamnation du Tchad. Parce qu’on ne peut pas tolérer qu’on exerce une activité légale qui contribue à l’instauration d’un Etat de droit et qu’on tire sur nous ce n’est pas normal.

 

Croyez-vous que la justice est indépendante ?

Non, je ne crois pas à cette indépendance. Ça peut venir mais aujourd’hui je ne crois pas à l’indépendance de la justice. Aujourd’hui des instructions fermes ont été données allant dans le sens la correctionnalisation de ce dossier. C’est pour ça que malgré ces exceptions faites la correctionnalisation a été retenue. Je suis optimiste, un jour on parviendra à l’indépendance de la justice mais aujourd’hui il y a l’immixtion notoire de l’exécutif dans la magistrature. C’est ce qui empêche l’épanouissement de la justice. Parce que pour un rien on te décrète, c’est ce qui conduit à la résiliation quelque fois et dans la plupart des dossiers comme vous voulez garder votre poste, vous êtes obligés de faire avec. Nous obtiendrons vraiment l’indépendance de la justice un jour, ça je le crois et je reste optimiste.

 

 

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