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Manifestations massives au Brésil: signal d’alarme pour Bolsonaro

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Jair Bolsonaro a traité avec mépris les manifestants qui ont envahi les rues du Brésil pour défendre l’enseignement, mais il aurait intérêt à prendre au sérieux cette première contestation de son gouvernement venue de la rue, un véritable signal d’alarme, selon des analystes.

Plus d’1,5 million d’étudiants et enseignants ont manifesté mercredi dans plus de 200 villes brésiliennes, du jamais vu depuis 2013, quand des millions de Brésiliens en colère avaient réclamé de meilleurs services publics au gouvernement de gauche.

Mais pour le président d’extrême droite, les manifestants de mercredi n’étaient que « quelques idiots utiles manipulés par une minorité ».

Ces propos ont jeté de l’huile sur le feu et provoqué de vives réactions non seulement parmi les manifestants, mais au Parlement, où des députés d’opposition les ont jugés « désastreux » ou « irresponsables ».

« En traitant les manifestants d »idiots’, Bolsonaro a fait de la surenchère. C’est une stratégie risquée, qui peut enflammer les rues contre le gouvernement », a expliqué jeudi l’éditorialiste Bernado Mello Franco dans le quotidien O Globo.

La journée de mobilisation était prévue de longue date, pour protester contre les coupes budgétaires de 30% annoncées dans les universités publiques. Une autre mobilisation vient d’être annoncée par le principal syndicat étudiant pour le 30 mai.

– Porte fermée au dialogue –

« Les manifestations affaiblissent le gouvernement, qui était déjà fragilisé par des tensions internes. Mais si ces manifestations ont eu lieu, c’est parce que le gouvernement a attisé le feu », affirme le politologue Claudio Couto, de la Fondation Getúlio Vargas (FGV).

« L’économie est à l’arrêt, la rue est mobilisée et (Jair Bolsonaro) perd du soutien au Congrès: ce sont les conditions réunies pour une chute d’un gouvernement en Amérique Latine », ajoute-t-il même.

Dans les cortèges ce ne sont pas seulement les coupes budgétaires contre l’enseignement qui ont été décriées, mais aussi les priorités de l’action gouvernementale, telle la réforme des retraites ou le port d’arme.

Le coup de grâce pourrait venir « d’un scandale impliquant le gouvernement », explique le politologue, qui cite par exemple les soupçons de liens des fils Bolsonaro avec les milices para-policières semant la terreur dans des quartiers populaires de Rio de Janeiro.

De nombreux alliés de Jair Bolsonaro lui auraient conseillé de changer de ton. Mais le président a continué de livrer des diatribes enflammées contre la gauche, notamment sur les réseaux sociaux.

La plupart des mesures adoptées depuis le début de son mandat en janvier étaient surtout destinées à contenter son électorat, avec notamment deux décrets assouplissant la détention et le port d’armes.


« Il a plutôt tendance à fermer la porte au dialogue et à se radicaliser encore plus », résume Claudio Couto.

Au-delà de la mobilisation de la rue, le gouvernement pâtit également des divisions au sein même de sa base parlementaire.

Des partis qui étaient censés être ses alliés au Congrès montrent de plus en plus leur mécontentement, menaçant l’approbation de la réforme des retraites, cruciale pour avoir la confiance des marchés.

Le ministre de l’Economie Paulo Guedes a réduit mardi la prévision de croissance de 2,2% à 1,5% et lancé un appel aux parlementaires pour « faire sortir le Brésil du fond du puits ».

– Réveil de l’opposition –

Et avec le succès de la mobilisation de mercredi, l’opposition, qui semblait moribonde après l’élection de Bolsonaro, pourrait se relever.

« Les manifestations devraient encourager l’opposition à adopter une posture plus combative envers le gouvernement », dit Thomaz Favaro, du cabinet de consultants Control Risks, même si ce mouvement pourrait être freiné par les divisions au sein de la gauche.

Thomaz Favaro considère néanmoins que les grandes manifestations pourraient avoir un impact non négligeable.

C’est entre autres grâce à la mobilisation populaire et le mouvement « Diretas ja » (élections directes maintenant) que le Brésil est sorti du régime militaire en 1985.

En 2013, les manifestations monstres ont tiré la sonette d’alarme pour la présidente de gauche Dilma Rousseff, qui a fini par être destituée trois ans plus tard.

Même le Mouvement de droite Brésil Libre (MBL), qui a joué un rôle majeur lors de grandes manifestations anti-Rousseff en 2016, craint que la gauche ne renaisse de ses cendres.

« Le gouvernement s’est emballé et la gauche a su en profiter, avec les plus grandes manifestations depuis la destitution (de Rousseff) », a déploré le MBL sur Twitter.

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