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Liban: des militaires retraités tentent de prendre d’assaut le siège du gouvernement

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Des centaines de militaires à la retraite ont manifesté lundi au centre de Beyrouth et tenté de prendre d’assaut le siège du gouvernement pour s’opposer à une éventuelle baisse de leur pension dans le budget 2019 élaboré par l’exécutif.

Le nouveau gouvernement n’ayant été formé que fin janvier après huit mois de tractations, le budget pour l’année en cours est discuté avec retard depuis fin avril.

Il sera le « plus austère » de l’histoire contemporaine du pays, a d’ores et déjà mis en garde le Premier ministre Saad Hariri.

Les réformes annoncées ou ayant fuité dans les médias locaux ont suscité une levée de boucliers notamment parmi les fonctionnaires, dont les salaires et les retraites risquent d’être revus à la baisse.

Le projet prévoit ainsi une diminution de 3% des pensions pour les personnes ayant travaillé dans les institutions sécuritaires et une révision des modalités de calcul de leur retraite.

Lundi, certains manifestants ont franchi de force les barbelés les séparant du Grand Sérail, bâtiment où le Conseil des ministres tenait une 17e réunion sur le projet de budget.

Les forces de sécurité ont alors eu recours à des canons à eau pour les disperser, faisant un blessé, selon l’agence de presse nationale libanaise ANI.

D’après la même source, un des militaires retraités a tenté de s’immoler par le feu avant d’en être empêché par d’autres manifestants.

« Les droits des militaires sont acquis et il n’est pas acceptable d’y toucher », a lancé l’un d’eux sur une télévision locale.

« Ils menacent notre gagne-pain après qu’on a servi notre nation des années durant », a-t-il ajouté.


Un général à la retraite a dit regretter la confrontation entre les retraités et les forces de sécurité. « C’est la première fois que des militaires font face à des militaires », a-t-il déploré.

En début d’après-midi, une délégation de manifestants a rencontré le ministre de la Défense, Elias Bou Saab, qui a promis des « garanties », selon un porte-parole du mouvement.

Le ministre a déclaré plus tard que certaines craintes qui lui avaient été transmises reposaient sur des rumeurs.

« Certaines de ces questions ne sont de toute façon pas discutées », a-t-il affirmé.

Le Liban s’était engagé à adopter des réformes structurelles et à réduire son déficit budgétaire lors d’une conférence internationale parrainée en avril 2018 par Paris (CEDRE), en contrepartie de promesses de prêts et de dons à hauteur de 11,6 milliards de dollars (10,4 milliards d’euros).

Pour 2018, le déficit budgétaire est estimé à 11,5% du Produit intérieur brut (PIB), selon la Banque mondiale, alors qu’il aurait dû être de 9%. La dette du pays culmine à plus de 85 milliards de dollars, soit 152% du PIB.

Le Liban doit donc faire un effort important de réduction de son déficit en 2019 puisqu’il s’est engagé à diminuer de cinq points le ratio déficit public/PIB de cinq points sur cinq ans (2018-2023).

Pour y parvenir, le budget pour l’année en cours inclue une hausse de la taxe sur l’épargne bancaire de 7 à 10%, une réduction des salaires des fonctionnaires et le gel des recrutements dans le secteur public.

La croissance économique au Liban s’est tassée à 0,2% en 2018, selon le Fonds monétaire international (FMI).

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