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La libération de Paris racontée par l’AFP en 1944: le 19 août

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Le 26 août 1944, Paris tout juste libéré, l’AFP diffuse une chronologie des onze jours qui ont précédé la capitulation des Allemands, après quatre années d’occupation de la capitale.

Voici la journée du 19 août racontée par le journaliste de l’AFP Jean Le Quiller.

Paris, 26 août 1944 (AFP) –

Samedi 19 août – Le fait est que ce matin-là, brusquement, tout le centre de Paris connaît une grande animation ; vers 10h ô merveille, des drapeaux tricolores flottent sur la préfecture de police, sur Notre-Dame, sur l’Hôtel de la monnaie, sur l’Hôtel de Ville, sur l’Ecole Normale : le CNR (Conseil national de la Résistance) a ordonné l’insurrection et elle se déclenche : 1.200 agents viennent occuper leur préfecture, et arrêtent (Amédée) Bussière (préfet de police de Paris nommé par Pierre Laval en mai 1942, NDLR). A l’Hôtel de ville, le Comité parisien de la Libération vient arrêter (René) Bouffet (Préfet de la Seine). Le président du conseil municipal (Pierre) Taittinger est, lui aussi, emmené sous bonne garde.

En même temps, certaines mairies sont occupées par les FFI (Forces françaises de l’intérieur, Résistance, NDLR) – initiales destinées à courir de bouche en bouche pendant les journées qui vont suivre -. A 8h la mairie du Xe ; à 10h la mairie du IIe ; le soir, la mairie du XIVe ; avec 6 révolvers et quelques fusils mitrailleurs, les FFI occupent la mairie du XVIIe.

De même certains ministères sont occupés ; celui des Colonies, celui des Finances. Place Vendôme, le Secrétaire général provisoire à la justice (Marcel) Willard arrive à bicyclette avec quelques amis et prend possession de ses services ; à 15h il fait perquisitionner l’hôtel de Maurice Gabolde (garde des Sceaux du gouvernement Laval, NDLR), surnommé Von Gabolde.

Ce n’est pas tout : la presse se manifeste. Les feuilles clandestines se préparent à paraître au grand jour. Par exemple l’équipe des célèbres « Lettres Françaises » se retrouve dans l’immeuble de Paris-Soir ; l’équipe de « Défense de la France » occupe l’immeuble de la « Pariser Zeitung » et à 17h, le drapeau allemand y est solennellement descendu, à la grande joie de la foule.


Tout cela ne peut être du goût des Allemands ; que les affiches de la Résistance soient collées sur les murs, que les brassards FFI se montrent dans les rues, que des voitures aux mêmes initiales circulent sans le moindre ausweis (laissez-passer délivré par les occupants allemands, NDLR), voilà de quoi les énerver. Leurs propres voitures ne circuleront plus, désormais, qu’avec des guetteurs en armes sur chaque aile et sur le toit, prêts à tirer.

Boulevard St Germain et rue de l’Université, dans le voisinage du ministère de la Guerre, c’est un grand remue-ménage ; les voitures allemandes foncent à toute allure en tirant n’importe où ; la traversée du Boulevard St Germain, à hauteur de la rue des Saints Pères, devient un exercice de sprint ; la foule est animée de flux et de reflux selon que le bruit de la mitrailleuse s’approche ou s’éloigne.

Peu à peu, on a l’impression que la bataille s’organise mieux, d’un côté comme de l’autre : le colonel Rol (Rol-Tanguy, NDLR), chef des FFI (d’Ile-de-France), donne l’ordre de multiplier les patrouilles, d’occuper les mairies, et de recruter en masse. Les Allemands, eux, s’occupent de cerner la Cité qui leur paraît, à tort ou à raison, le centre de l’insurrection ; dès 13h30, ils lancent des chars contre la préfecture de police ; mais ceux-ci sont pris audacieusement à revers par des agents qui utilisent la rue Saint Jacques et le boulevard St Michel ; vers 17 heures, nouvelle attaque ; les Allemands perdent 40 tués et 70 blessés ; à 17h30, ils essaient d’arroser la cour de la préfecture avec des mines, puis de pénétrer par les toits. Ils sont repoussés.

Malheureusement, il n’en est pas partout de même ; à Neuilly, par exemple, où la mairie a été occupée par des FFI vers 14h, les chars allemands l’ont bombardée tout l’après-midi, et ont forcé une partie des FFI à se rendre ; dix Français ont trouvé la mort dans cet engagement. Un groupe continuera de résister jusqu’au lendemain.

En tout cas, il est acquis que la Wehrmacht (armée allemande, NDLR) n’a plus le contrôle de Paris : la preuve en est qu’elle a essayé de proclamer un couvre-feu à 14h et que les Parisiens s’en soucient comme d’une guigne. La Wehrmacht perd aussi le contrôle de certains de ses éléments : le soir, à Romainville, une bande de Géorgiens, enrôlés par les Allemands, n’ayant plus d’officiers, se répand dans les rues en tirant au hasard. Le camp d’internement des israélites, à Drancy, est libéré.


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