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Jason Rezaian, un « pion » dans le jeu d’échec nucléaire de l’Iran

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Comme un « pion » dans un jeu d’échecs mondial, le correspondant du Washington Post à Téhéran Jason Rezaian a passé 544 jours en prison alors que se jouait autour de lui l’avenir de l’Iran et de son programme nucléaire.

« J’ai été traité comme un Iranien et troqué comme un Américain », dit à l’AFP le journaliste irano-américain à propos de sa détention qu’il raconte dans un livre, « Prisonnier », paru fin janvier.

Il a été arrêté avec sa femme le 22 juillet 2014, au retour d’une mission à Vienne pour couvrir une séance de négociations entre l’Iran et les grandes puissances.

Après des années de blocage et de sanctions économiques, les pourparlers sont à l’époque officiellement relancés depuis l’élection du modéré Hassan Rohani à la présidence en juin 2013.

Les deux parties souhaitent un accord définitif qui garantirait la vocation pacifique du programme atomique de Téhéran, soupçonné de cacher un volet militaire, mais les tractations traînent en longueur.

– Une ferme d’avocats –

Jason Rezaian, qui collabore depuis deux ans au grand quotidien américain, est rapidement accusé d’espionnage au profit des Etats-Unis. On lui reproche notamment d’avoir initié une campagne de fonds pour cultiver des avocats, un fruit qu’on ne trouve pas dans la République islamique.

« C’est ridicule de prendre un sujet aussi idiot et d’en faire une preuve que vous êtes le chef de station de la CIA à Téhéran », explique le reporter, habitué des nombreuses limitations entourant les correspondants des médias étrangers en Iran.

Il réalise rapidement que sa « valeur » et celle de son épouse, Yeganeh, sont indexées aux pourparlers entre l’Iran et le groupe 5+1 (Russie, Grande-Bretagne, États-Unis, France, Chine et Allemagne).

« L’Iran est connu depuis longtemps pour prendre des otages et les utiliser pour passer des marchés », dit-il, en référence notamment à l’attaque de l’ambassade américaine de Téhéran en 1979, qui a entraîné la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

Le journaliste est aussi pris dans la lutte de pouvoir que se livrent, au sein même de l’Etat, les partisans et les adversaires d’un accord nucléaire qui aurait permis au pays de renouer des relations avec la communauté internationale et l’Occident.


« J’ai été arrêté par ceux qui refusaient ces relations et ils faisaient tout leur possible pour bloquer les négociations. Mais les négociateurs ont compris qu’ils pouvaient aussi m’utiliser comme monnaie d’échange », explique Jason Rezaian.

Détenu pendant un an et demi à la prison d’Evin, dans le nord de Téhéran, le reporter est interrogé, menacé d’être décapité, condamné à mort ou à la prison à vie, puis assuré d’être libéré s’il plaide coupable. Jugé en 2015, il plaide non-coupable. Il ne sera jamais condamné.

Ses conditions de détention s’améliorent aussi. Il peut recevoir des visites, de son épouse libérée après 72 jours de prison, et de sa mère.

Une campagne internationale est également lancée par son frère, Ali, son employeur et les organisations de défense des journalistes. « Il fallait qu’elle soit aussi bruyante que possible car alors je devenais un problème politique et c’était ma seule chance », dit-il.

– « Soyez très prudents » –

Il est finalement libéré le 16 janvier 2016, au premier jour de l’application de l’accord nucléaire signé le 14 juillet 2015 à Vienne, avec trois autres prisonniers américains.

« Mon sort était lié à l’application de l’accord », souligne-t-il, alors que les négociations se poursuivaient après juillet 2015.

Les premiers mois après son retour aux Etats-Unis sont aussi difficiles. « On ne retrouvera jamais notre vie d’avant et il m’a fallu de nombreux mois pour l’accepter », dit-il, évoquant les insomnies ou les accès de paranoïa.

Jason Rezaian est désormais associé aux campagnes pour la libération des étrangers ou binationaux emprisonnés en Iran, comme Nazanin Zaghari-Ratcliffe ou Baquer et Siamak Namazi.

Il s’inquiète aussi de la dégradation des conditions de travail pour la presse en Iran. « Soyez très prudents et prenez toutes les précaution nécessaires car il est probable que cela arrive à d’autres », dit-il à ses confrères. En 2018, l’Iran était 164e (sur 180 pays) au classement de RSF sur la liberté de la presse.

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