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Inde: nouvelle journée de manifestations contre la loi sur la citoyenneté

Les manifestations se sont poursuivies mercredi à travers l’Inde contre une loi sur la citoyenneté passée par le gouvernement nationaliste hindou et qui continue de diviser le pays.

Ce mouvement de contestation, principalement mené par des membres de la communauté musulmane, qui constitue 14% du 1,3 milliard d’Indiens, dure depuis la semaine dernière. Il est l’un des plus importants auxquels ait dû faire face le Bharatiya Janata Party (BJP) du Premier ministre Narendra Modi depuis son arrivée au pouvoir en 2014.

« Nous sommes très très en colère contre le gouvernement BJP (…) Ils ont porté le racisme à un point extrême », a déclaré à l’AFP Taiba Hadis, 18 ans, qui manifestait devant la grande université Jamia Millia Islamia de Delhi, théâtre de violentes échauffourées dimanche entre protestataires et policiers.

« Ils questionnent notre existence et il est plus que temps que nous élevions la voix », a ajouté cette musulmane.

Les autorités indiennes avaient interdit mercredi les attroupements de plus de quatre personnes dans certains quartiers à majorité musulmane du nord-est de la capitale New Delhi, où des affrontements se sont produits la veille.

– Heurts sporadiques –

Des rassemblements contre la nouvelle législation, qui facilite l’attribution de la citoyenneté indienne aux réfugiés mais pas aux réfugiés musulmans, se sont tenus mercredi notamment dans les États du Bengale occidental, Tamil Nadu, Telangana et Maharashtra. Dans certaines villes, des heurts sporadiques ont opposé manifestants et policiers.

Mercredi soir, plusieurs centaines de personnes étaient assemblées sur le front de mer de Bombay en présence d’un important déploiement policier et chantaient « Nous ne faisons qu’un », a constaté une reporter de l’AFP sur place.

« Je ne suis pas surprise de voir des gens de toutes les religions sortir pour protester contre cette loi. Je n’ai jamais eu de problème à cause de ma religion », a dit Tabeer Rizvi, une femme musulmane, estimant que le gouvernement « crée les problèmes ».

Voté par le Parlement indien la semaine dernière, le « Citizenship Amendment Act » (CAA) ne concerne pas directement les Indiens de confession musulmane mais a cristallisé les peurs et colères de la communauté après cinq ans de gouvernement des nationalistes hindous.

Le mouvement de contestation a fait six morts dans le nord-est de l’Inde la semaine dernière, où les habitants s’opposent au texte au contraire au motif qu’il entraînerait selon eux un afflux de réfugiés hindous du Bangladesh voisin, qui prendraient selon eux les emplois dans leur région.


– 21 blessés mardi –

Au moins 21 personnes, dont 12 policiers, ont été blessées dans les affrontements survenus mardi à Delhi. Les forces de l’ordre ont indiqué avoir interpellé huit personnes en lien avec ces incidents.

Six autres personnes ont été arrêtées mardi au Bengale occidental (est) pour avoir jeté un engin explosif qui a blessé sept policiers à Howrah, ville-jumelle de Calcutta.

Responsable de la police de Howrah, Gaurav Sharma a indiqué à l’AFP que les policiers avaient été attaqués alors qu’ils venaient arrêter des manifestants en train de vandaliser une gare ferroviaire.

Dans le grand État d’Uttar Pradesh (nord), plus de 110 personnes ont été arrêtées en lien avec les manifestations ou pour des messages postés sur les réseaux sociaux, a annoncé la police locale à l’AFP.

Les résidences étudiantes se vidaient à l’Aligarh Muslim University (Uttar Pradesh), l’un des épicentres de la contestation. Les étudiants accusent la police de la répression brutale de leur rassemblement dimanche, après que l’administration a décrété un début prématuré des vacances d’hiver.

Saisie par des plaignants, la Cour suprême d’Inde a indiqué mercredi qu’elle entendrait les recours contre le CAA en janvier. Les opposants au texte l’estiment contraire à la Constitution et à l’esprit de laïcité indiens.

L’ONU s’est dite mardi « inquiète de la violence et des présumés excès de force par les forces de sécurité ».

« Nous appelons à la retenue et au plein respect des droits de liberté d’opinion, d’expression et de rassemblement pacifique », a déclaré Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies.


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