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«Ghana Town», le fief des Ghanéens établis en Gambie

Essi Achefoe est âgée aujourd’hui de 73 ans. Cela fait 62 ans qu’elle a quitté son Ghana natal pour venir s’installer en Gambie, plus précisément à Brufut, localité située à 25 km au sud de Banjul, la capitale de ce petit pays entièrement lové à l’intérieur du Sénégal. En 1957, année du départ, Achefoe avait suivi son oncle, un pêcheur.En compagnie de 35 autres pêcheurs, l’oncle  avait quitté son village d’Akunfi Imuna (centre du Ghana) pour parcourir les 1.676 kilomètres séparant leur pays de la Gambie.

« J’étais juste une petite fille et je ne me souciais que de notre profession familiale, qui est la pêche. Nous sommes des nomades de la mer, si vous voulez…allant d’un endroit à l’autre pour de meilleures prises », raconte Achefoe, trouvée assise sur un tabouret en train de malaxer des boules de farine pour en faire des crêpes.

Sauf quelques petites visites pour voir une partie de sa famille restée au Ghana, la vieille femme n’a plus quitté la Gambie, devenue, dit-elle, sa seconde patrie. Comme elle, tous ses compatriotes pêcheurs partis du Ghana se sont installés pour de bon en Gambie, faisant de leur point de chute un petit territoire du Ghana ou « Ghana Town ».

« Maintenant, je me considère comme Gambienne, tous mes enfants sont nés ici, ils ne connaissent pas le Ghana (…) ma véritable maison, et celle de tous les habitants de Ghana Town c’est la Gambie », dit-elle dans un sourire non dénué de nostalgie.

Remontant le cours de l’histoire, elle se rappelle avoir passé avec ses compatriotes trois mois au Sénégal voisin avant de rallier la Gambie. Sur place, les pêcheurs ghanéens  profitent de l’hospitalité du chef de village d’alors, un certain Kutubo Sanno, pour s’installer et se livrer à leurs activités maritimes.

Devant quelques difficultés de cohabitation nées de quelques pêcheurs ghanéens portés sur la boisson, le frère cadet du chef de village, Kalifa Sanno, suggère aux « étrangers » d’aller s’installer sur un terrain situé à la périphérie de Brufut et plus proche de la mer. Ainsi naquit « Ghana Town ». C’était en 1958, un an après l’arrivée en terre gambienne de Achefoe et les siens. 

« Les 36 citoyens ghanéens qui se sont installés pour la première fois dans Ghana Town provenaient de familles différentes, mais ils étaient issus du même endroit : le village d’Akunfi Imuna où la pêche est la principale activité », se souvient-elle avant de relever qu’au départ « Ghana Town » était  un petit groupe de huttes en terre cuite recouvertes de toits de chaume.


Cette image de carte postale d’un village africain n’a rien à voir avec les maisons en dur d’aujourd’hui.  « Ghana Town », peuplée actuellement d’environ 40.000 âmes, a maintenant huit églises pour sa communauté à majorité chrétienne (70% de la population), une mosquée et un marché où on trouve beaucoup de denrées dont, évidemment, du poisson.

Pour autant les liens avec la mère patrie ne sont pas coupés, car à « Ghana Town » on parle les langues des ancêtres, notamment  le twi, de même on a conservé les rites et la religion du pays d’origine, sans oublier la nourriture et la mode.

Souvenir qui fait chaud au cœur : l’ancien président Jerry John Rawlings s’était rendu à « Ghana Town », lors d’un voyage officiel en Gambie dans les années 1990.

Pas repliés sur eux-mêmes, les habitants de « Ghana Town » font en dehors de la pêche, du commerce à travers la vente de manioc pilé (gari) et d’autres produits alimentaires et industriels, visibles sur les étagères de quelques boutiques de quartier. Ils ont également accueilli à bras ouverts des Gambiens dont Musa Joof, un musulman installé depuis 1986 dans cette petite portion du Ghana en Gambie. 

« La tolérance religieuse existe entre les chrétiens et les autres confessions. Nous vivons côte à côte dans la paix et l’harmonie », souligne Joof.

Confirmant cette intégration, Patrick S. Amoah, 30 ans environ, raconte que son grand-père Samuel Amoah, arrivé à « Ghana Town » en 1961, a participé aux activités politiques de la Gambie post- indépendance, en mobilisant sur demande de l’administration britannique, les jeunes et les adultes de la localité.

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