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En Bolivie, la colère des indigènes contre la politique environnementale d’Evo Morales

Depuis un mois, elle marche. A l’entrée de Santa Cruz, point d’arrivée de la marche indigène contre le président Evo Morales, candidat dimanche à un quatrième mandat, des larmes de colère coulent sur le visage de cette puissante cacique.

« Je suis inquiète car ce n’est pas possible qu’on laisse sans terre les futures générations. Ce n’est pas juste ! (Evo Morales) dit être un président indigène, mais c’est un dictateur ! », lâche Beatriz Tapanache, 64 ans, grande cacique de la région de la Chiquitania, où elle a à sa charge quelque 80.000 indiens.

Robe à fleurs brodées et sandales, elle est partie le 16 septembre avec d’autre leaders autochtones de San Ignacio de Velasco (est). En tout, la Xe marche indigène a parcouru plus de 400 kilomètres. Au bord d’une route à deux voies menant à la capitale économique du pays, elle reprend des forces à l’ombre avant d’entamer le dernier tronçon au côté de quelque 300 personnes.

Les gigantesques incendies qui ont ravagé en août et septembre une zone presque de la taille de la Suisse ont provoqué l’indignation des peuples indigènes qui accusent Evo Morales d’avoir sacrifié la Pachamama, la Terre mère en langue quechua, pour étendre les terres cultivables.

Les incendies, qui ont détruit 4,1 millions d’hectares de forêts et de zones herbeuses dans toute la Bolivie, ont également dévasté la forêt primaire s’étendant sur une centaine d’hectares dans la réserve de Tucavaca, également dans le département de Santa Cruz.

Les défenseurs de l’environnement reprochent au gouvernement d’avoir approuvé récemment une loi autorisant une augmentation de 5 à 20 hectares de la déforestation par brûlis pour des activités agricoles. Le pouvoir, lui, avait rejeté la responsabilité des incendies sur la sécheresse qui frappe le pays, les vents violents et des déboisements illégaux.

« C’est devenu totalement incontrôlable pour le gouvernement quand des personnes qui ne connaissaient pas la forêt de la Chiquitania ont brûlé des terres. La nation chuiquitana est la plus affectée car elle vit de la forêt. Elle vit de la cueillette des fruits, de la chasse, de la pêche et de ce qu’elle sème », explique Adolfo Chavez, dirigeant indigène de la région amazonienne.

– « Ni aymara, ni quechua » –

Adolfo, qui marche en tête de cortège, avait participé aux précédentes marches indigènes. La dernière mobilisation, la neuvième, avait eu lieu en 2012 contre le projet étatique de route à travers le Tipnis, un parc naturel d’un million d’hectares, territoire ancestral de 50.000 indiens.


Cette fois, beaucoup n’ont pas pu faire le déplacement, tant la situation sur place est difficile.

« Qui va entretenir nos frères durant les six prochains mois ? On ne peut plus rien faire (là-bas). Les maisons ont brûlé, il n’y a plus de palmes, plus de plantes ou de bois pour construire les habitations », se désole-t-il.

Mais au-delà du nombre, une centaine au départ, puis une poignée au cœur de la marche, avant que le groupe de marcheurs ne grossisse à nouveau à l’approche de Santa Cruz, c’est le symbole que cela représente pour celui que l’on désigne comme le « président indigène ».

Durant cette marche, des indigènes de l’altiplano, les hautes terres, d’où est originaire Evo Morales, sont venus soutenir leurs frères des plaines, les basses terres.

Juan Jaita Aro, 53 ans, est de ceux-là. Chapeau de paille et poncho traditionnel rouge à rayures, il porte, comme beaucoup d’autres manifestants, une pousse d’arbre dans la main. C’est le Lapacho ou arbre sacré des incas aux fleurs rosées, appelé Tajibo en Bolivie et très présent dans la Chiquitania.

Outre la forêt, « les animaux ont été calcinés et l’environnement contaminé. C’est pour ça que nous sommes venus soutenir nos frères indigènes des basses terres », explique Juan, originaire du département de Potosi (sud-ouest).

« Nous n’avons jamais été derrière Evo Morales car nous aussi, dans les hautes terres, on a porté atteinte à nos droits, nous avons été soumis (…) Nous ne le considérons pas comme un indigène, mais comme un colon de coca (de la région) du Chaparé, car il ne parle pas aymara, ni quechua », lance-t-il.


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