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Centre du Mali: l’Etat devra répondre au besoin de sécurité des populations

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La solution à la crise dans le centre du Mali, où se mêlent violences entre communautés, attaques jihadistes et opérations militaires, passe par une réponse de l’Etat au besoin de sécurité des populations, selon des analystes.

Une nouvelle tuerie, dimanche soir dans le village dogon de Sobane Da, dans la zone de Bandiagara, a fait 35 morts dont 24 enfants, selon un dernier bilan revu à la baisse annoncé mercredi par le gouvernement.

Les violences, qui déchirent cette région depuis quatre ans, ont culminé avec le massacre le 23 mars, attribué à des chasseurs dogons, de quelque 160 Peuls, dans le village d’Ogossagou, près de la frontière avec le Burkina Faso.

L’attaque de dimanche, qui n’a pas été revendiquée, révèle des défaillances persistantes dans le dispositif militaire, souligne Baba Dakono, chercheur à Bamako pour l’Institut d’études de sécurité sur l’Afrique (ISS): « Après Ogossagou, la zone a été renforcée en effectifs militaires, selon les autorités maliennes et leur partenaires internationaux ».

Depuis l’apparition en 2015 dans la région du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé leurs « groupes d’autodéfense ».

« Le désarmement des acteurs non étatiques, qu’ils soient des milices, des groupes d’autodéfense ou même des individus, est indispensable pour pacifier la zone », poursuit M. Dakono.

Mais « les milices, à tort ou à raison, sont nées pour répondre à un besoin de sécurité des populations qui n’ont plus ou très peu confiance dans l’efficacité des réponses institutionnelles déployées », dont elles illustrent « l’échec », ajoute-t-il.

L’association de chasseurs dogons Dan Nan Ambassagou a annoncé considérer la tuerie de dimanche « comme une déclaration de guerre ».

Le groupe, officiellement dissous par le gouvernement le 24 mars au lendemain du massacre d’Ogossagou dans lequel il avait démenti toute implication, a refusé de « déposer les armes ».

Lundi, il a réitéré sa « disponibilité » aux populations pour « assurer davantage leur sécurité car il est désormais établi que ni l’État ni la communauté internationale ne s’intéressent à la vie des populations meurtries depuis bientôt cinq ans ».

– Prolifération d’armes –


« On risque d’assister à une intensification de l’action de ces milices dans la région », s’inquiète une source humanitaire internationale dans une déclaration à l’AFP à Paris.

Les militaires maliens « étaient à une vingtaine de km du lieu du massacre, mais face à des ennemis multiformes, à des menaces un peu partout, ils sont assez dépassés », remarque cette source, regrettant « une réponse de l’Etat avant tout répressive », notamment envers les Peuls.

Dans un rapport publié la semaine dernière sur une tuerie de villageois peuls le 1er janvier, imputée à des chasseurs dogons, l’ONU avait relevé l’exacerbation des tensions dans la région depuis l’adhésion en 2017 du groupe de Koufa à la principale alliance jihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes, en grande partie dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l’initiative de la France, qui se poursuit.

Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l’ONU, malgré la signature en 2015 d’un accord de paix censé isoler définitivement les jihadistes.

Dans son dernier rapport sur le Mali daté du 31 mai, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, met en garde contre de nouvelles « atrocités » dans le centre du pays.

Pour les éviter, il appelle le gouvernement à « s’attaquer aux mouvements extrémistes, aux tensions intercommunautaires, à la prolifération des armes légères et de petit calibre et à l’acquisition d’armes par des groupes d’autodéfense fondés sur l’appartenance ethnique ».

« L’explosion du Centre est un très mauvais signal pour l’Etat malien. Retisser tous ces liens et apaiser la situation va être extrêmement compliqué, c’est une question d’années », estime la source humanitaire internationale.

« Ce n’est pas à un cycle de vengeance, de vendetta, que ce pays doit être conduit », a déclaré lundi le président Ibrahim Boubacar Keïta. Il a au contraire appelé à des « retrouvailles » entre Maliens, « qui seules vont nous permettre de rebondir et permettre à notre nation de survivre. Car nous sommes en question de survie ».

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