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Catalogne : les indépendantistes en marche contre la condamnation de leurs dirigeants

Chapeau de paille, chaussures de randonnées et sac à dos chargé de provisions. Jordi Soler a entamé mercredi une marche de 100 kilomètres vers Barcelone avec des milliers d’autres indépendantistes pour « paralyser » la Catalogne en réaction à la condamnation de leurs dirigeants.

« C’est pour démontrer que nous pouvons paralyser la Catalogne, démontrer que Madrid doit commencer à enfin agir parce que, sinon, la situation lui échappera », assure ce doctorant de 25 ans.

Un drapeau indépendantiste attaché à son sac, Jordi est parti de la ville dominée par les séparatistes de Gérone au sein d’une file de marcheurs qui s’étire à perte de vue.

Après deux jours de manifestations dans cette région du nord-est de l’Espagne, dont plusieurs ont dégénéré en heurts violents avec la police, ces « marches de la liberté » ont été organisées au départ de cinq villes catalanes pour converger à Barcelone vendredi, jour de grève indépendantiste et de manifestation.

Ces défilés ont bloqué mercredi des dizaines de kilomètres de routes et d’autoroutes et créé des bouchons dans une zone fondamentale pour l’économie espagnole et qui est un point de passage vers le reste de l’Europe.

Avec ses 10.000 participants, selon les organisateurs, la marche la plus importante est celle de Gérone, ville dont Carles Puigdemont fut le maire avant de présider la région jusqu’à sa destitution par Madrid après la vaine déclaration d’indépendance de 2017 et sa fuite vers la Belgique.

– « La série » de l’indépendantisme, 8e saison –

A peine réchauffés par un timide soleil d’automne, les marcheurs se sont rassemblés de bon matin sur la Place du 1er octobre (2017) rebaptisée ainsi en souvenir du référendum d’autodétermination interdit.

Certains seront présents du début à la fin, d’autres ne feront qu’une partie du trajet. Salués par des coups de klaxon de nombreux conducteurs, ils avancent dans une ambiance festive.

« Tout ça est très pacifique et c’est bien, même si on n’a pas besoin que tout soit toujours joli et bien tranquille. Parfois, il faut être plus ferme », glisse d’un ton aimable Jordi Soler.

L’ébullition indépendantiste a débuté en 2012 quand il avait à peine 18 ans et dans son milieu catalan et de gauche, le glissement vers l’indépendantisme s’est fait presque naturellement.


Après sept ans de manifestations, sans résultats selon lui, il avoue être « un peu fatigué de tout ça ».

Alors pourquoi rester mobilisé ? « C’est comme une série télé, répond-il. Tu as suivi sept saisons et la huitième est merdique. Mais tu continues à la regarder parce que si ça se trouve, ça se termine bien »…

– « Je suis pressée », dit une retraitée –

Convoquées par les puissantes associations séparatistes ANC et Omnium, ces marches ont commencé deux ans, jour pour jour, après le placement en détention provisoire de leurs dirigeants de 2017, Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, condamnés lundi à neuf ans de prison.

« Ces marches montrent le meilleur (visage) du peuple catalan », s’est exclamé le président indépendantiste de la région, Quim Torra, qui s’est uni à la colonne partie de Gérone.

Elles contrastent avec les manifestations ayant dégénéré lundi et mardi à l’appel de groupes plus radicaux et aux dirigeants anonymes comme les Comités de défense de la République et la plateforme « Tsunami Democratique ».

Au bout de deux heures de trajet, une retraitée de 74 ans, Maria Pilar Collel, déclare forfait : « j’arrête à la prochaine sortie, j’ai déjà un certain âge ».

Déçue par les dirigeants régionaux, qui paralysent le « processus » de sécession depuis la fin 2017, cette femme qui a appris le catalan clandestinement sous la dictature de Francisco Franco (1939-1975) espère voir l’indépendance de son vivant. « Les politiques maintenant prônent la patience, mais moi je suis pressée, je n’ai plus 20 ans ».

Infirmière de 40 ans, Anna Julia a prévu de parcourir 20 kilomètres mercredi, puis de revenir jeudi pour aller jusqu’au bout : « Je ne sais plus si nous sommes loin ou proches de l’indépendance, lâche-t-elle, je sais seulement qu’on ne s’arrêtera pas jusqu’à ce qu’on y arrive ».


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