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Attentat en Colombie: l’ELN dit répliquer à des « attaques » du gouvernement

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La guérilla de l’ELN a affirmé lundi, dans un entretien exclusif à l’AFP, avoir répliqué à des « attaques » du gouvernement de Colombie en commettant l’attentat à Bogota qui a fait 20 morts.

« Personne ne peut nous demander de rester les bras croisés si on nous attaque », a déclaré Pablo Beltran, chef négociateur de l’ELN à La Havane, le siège des pourparlers de paix, rompus après l’attentat.

Question: Pourquoi avoir commis un tel attentat en Colombie, après avoir prôné le dialogue de paix depuis Cuba?

Réponse: « Nous avons attendu six mois. Nous avons libéré des soldats et policiers (retenus en otages, ndlr). A la fin de l’année nous avons observé un cessez-le-feu unilatéral et pendant cette trêve nous avons subi des attaques, des bombardements, et à la fin de la trêve, il y a eu des combats, des attaques et dans le cadre de ces faits militaires est survenu ce dont vous me parlez (…). Pourvu que le dialogue (avec le président Ivan Duque) puisse se faire dans le cadre d’un cessez-le-feu bilatéral pour créer de la confiance. »

Q: Pourtant, maintenant le dialogue est rompu.

R: « Nous allons rentrer en Colombie mais (…) même si je rentre maintenant dans les campements (de l’ELN), je chercherai à ce que la délégation du dialogue reste active, pour que la solution politique avance et que les pourparlers reprennent. »

– « Il y aura des combats » –

Q: Après cet attentat, pensez-vous qu’il y a encore de la place pour le dialogue?

R: « En Colombie, il se passe des choses horribles tous les jours. L’objectif numéro un du dialogue est de mettre fin au conflit armé interne. Il faut maintenir cet objectif. En attendant d’y arriver, bien sûr il y aura des combats. »

Q: Le comité central et la délégation de l’ELN étaient-ils au courant de ce projet d’attentat?

R: « Non, bien sûr. Nous sommes à Cuba depuis huit mois. Les plans de nos fronts en Colombie ne sont pas de notre ressort. »

Q: Y a-t-il des dissensions?

R: « Non. Les accords que nous avons signés à cette table, dont par exemple ceux du cessez-le-feu, ont été entièrement respectés par tous les fronts de l’ELN. (Mais) depuis l’arrivée du gouvernement de Duque, nous avons subi beaucoup d’attaques et cela nous a fait renoncer à attendre la reprise des négociations. »

– « Garanties » pour le retour –

Q: Comment allez-vous rentrer en Colombie?


R: « En 2016 les deux parties, en présence des pays garants, ont signé un protocole en cas de rupture (du dialogue). Des garanties ont été stipulées pour que l’ELN retourne dans ses zones et il y a des Etats qui garantissent cela et nous espérons que le gouvernement donnera des garanties pour le retour. »

Q: Dimanche, des milliers de personnes ont marché en Colombie contre le terrorisme, ce qui ne vous place pas dans une position favorable pour négocier.

R: « Ce que nous voyons, c’est que beaucoup en Colombie critiquent cette action militaire de l’ELN mais exigent que le processus de paix continue. C’est cela la réalité politique d’aujourd’hui en Colombie. Le gouvernement ne va pas faire d’une critique contre l’ELN un blanc-seing pour une politique de guerre. »

Q: Ne pensez-vous pas que cet attentat a été une erreur pour votre guérilla?

R: « L’ELN va persister dans sa quête de continuité du processus de paix. Ni les attaques du gouvernement, ni les nôtres vont nous faire abandonner. »

– « La solution politique » –

Q: Cuba, siège et garant des pourparlers, a condamné l’attentat et semble dans une position compliquée après vous avoir fait confiance.

R: « Le gouvernement cubain a été clair en disant qu’il offrait volontiers son territoire comme siège des discussions, mais il nous a demandé que d’ici, on ne prépare aucun type d’activités autre que celles du processus de paix. Nous avons respecté cela, et il n’y a aucune raison que ce que fait l’ELN sur le territoire colombien affecte un gouvernement ami de la paix en Colombie. »

Q: Cuba vous a-t-il invités à partir?

R: « Le protocole prévoit 15 jours pour le retour de la délégation (en Colombie, donc d’ici le 2 février, ndlr), nous allons agir dans ce cadre. »

Q: Après cet attentat, que souhaitez-vous dire aux Colombiens, qui pleurent la mort de 20 étudiants de l’école de police, tués dans l’attentat?

R: « Malgré l’ambiance belliqueuse et les attaques, la décision de l’ELN est de ne pas s’écarter du chemin de la solution politique. Et si actuellement, la situation est plus tendue, nous sommes disposés à attendre et à créer des conditions pour une reprise des conversations. »

Q: Après cet attentat, l’image internationale de l’ELN est-elle écornée?

R: « C’est possible (…). Nous devons persister dans le dialogue. (Mais) personne ne peut nous demander de rester les bras croisés si on nous attaque. Je souhaite que les tensions retombent et que les conversations puissent reprendre. »

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