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Albanie: la crise politique nuit aux rêves d’Europe

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Manifestations violentes, vie politique rythmée par l’anathème, Parlement sans opposition: l’Albanie semble se tirer une balle dans le pied au moment où l’Union européenne doit décider d’ouvrir ou non des négociations d’adhésion.

Depuis février, l’opposition a durci ses méthodes pour obtenir la démission du Premier ministre socialiste Edi Rama qui dirige depuis 2013 ce pays fragile des Balkans, l’un des plus pauvres d’Europe.

Ses adversaires exigent un gouvernement de transition, des législatives anticipées et refusent de négocier avec Edi Rama, qu’ils accusent d’être lié au crime organisé et de laisser la corruption prospérer.

De droite (Parti démocratique) comme du centre gauche (Mouvement socialiste pour l’Intégration), l’opposition a quitté en février le Parlement, annoncé un boycottage des municipales fin juin et déplacé son combat dans la rue avec des manifestations parfois violentes, dont la prochaine est prévue dimanche.

Cette ambiance empoisonnée inquiète les chancelleries occidentales. Au lendemain d’élections qui ont confirmé l’installation dans leur paysage politique des mouvements populistes et souverainistes, les Etats membres de l’UE doivent décider de suivre ou non la recommandation de la commission d’ouvrir des négociations avec l’Albanie et la Macédoine du Nord.

– « L’Albanie mérite » les négociations –

Un lancement que « l’Albanie méritait déjà l’année dernière », disait Edi Rama en avril à l’AFP.

Dans un récent communiqué, l’ambassade américaine a prévenu que « les efforts de réforme démocratique du pays et ses perspectives de progrès sur le chemin vers l’Union européenne pâtissent des manifestations violentes ».

Très réservé sur une ouverture des discussions, Paris, qui s’inquiète depuis des mois de l’arrivée d’émigrés albanais sur son territoire, a également condamné « les violences qui compromettent les efforts de réforme démocratique et l’image de l’Albanie ».

Celle-ci « veut ouvrir des négociations avec l’UE mais sa classe politique est incapable de commencer par ouvrir les négociations et le dialogue en son sein… », soupire Lutfi Dervishi, un analyste politique indépendant.

Malgré des progrès dans la réforme judiciaire ou encore la lutte contre la criminalité, l’ambassadeur de l’UE à Tirana, l’Italien Luigi Soreca, regrette pour l’AFP « la situation politique actuelle » qui sera un des éléments pris en compte par les Etats membres.


Ces tensions « témoignent d’une grave irresponsabilité politique », selon Alexandër Cipa, qui dirige l’Union des journalistes.

– « La liberté ou la mort ! » –

Depuis la chute du communisme en 1991, la vie politique albanaise est marquée par l’outrance verbale et les effets de manche.

Lors d’une récente manifestation, le chef du principal parti d’opposition, Lulzim Basha, a appelé ses partisans « à l’insurrection pour renverser Rama », scandant: « La liberté ou la mort ! La démocratie ou la mort ! Je vous appelle à la résistance. »

En réponse, Edi Rama ne dissimule guère son mépris pour ses adversaires qui n’ont « pas les moyens de se confronter au vote des citoyens » et ne veulent pas négocier avec lui: « Avec qui veulent-ils dialoguer ? Avec le mur ? »

Il a récemment semblé rendre l’opposition responsable d’un rejet européen: « Ils ne peuvent rien contre le gouvernement mais ils peuvent blesser, et même gravement, l’Albanie dans son chemin ».

« La culture du compromis n’est pas nécessairement typique de l’Albanie », euphémise Luigi Soreca. « Mais tous les partis devraient désormais s’unir derrière l’objectif de l’intégration à l’UE », insiste le diplomate.

Selon Lutfi Dervishi, cette crise suscite aussi la défiance des citoyens « qui voient leur avenir ailleurs ».

« La folie est toujours féconde en Albanie… Avec les mêmes acteurs qui rejouent les mêmes scènes, (…) partagent les mêmes intérêts, s’accusent mais se tiennent. On en a marre de ce cirque », dit Vera Bala, 49 ans, mère de deux enfants et au chômage depuis six ans.

Comme tous les pays des Balkans, l’Albanie est confrontée à un exode massif, notamment de ses jeunes dont un sur trois est au chômage. Bien que considérée comme un « pays sûr » par l’Europe, elle reste en haut de liste pour les demandes d’asile en Europe, mais aussi aux Etats-Unis et au Canada.


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