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«Terre des lézards» défriche un pan de la complexe histoire tchadienne

Par RFI - 17/06/2016

L'ouvrage de 166 pages est publié par Jean-Baptiste Laokolé à Paris, aux éditions L’Harmattan, 2016 et coûte 18 euros

 

Agé de 80 ans aujourd’hui, toujours bon pied bon œil, Jean-Baptiste Laokolé représente tout un pan de la mémoire et de l’histoire tchadienne. Et c’est heureux qu’il ait décidé de coucher sur le papier ses nombreux souvenirs. Celui dont le père avait souhaité qu’il devienne le gardien des valeurs traditionnelles de la communauté Laka n’a pas pris exactement ce chemin.

Terre des lézards. Jean-Baptiste Laokolé a choisi ce titre en référence à ces petits animaux dont le sort le font penser « à celui de certains Tchadiens qui osent faire de la politique, explique-t-il dans son introduction. Ils sont souvent chassés, tués, écrasés sans pitié par leurs concitoyens détenteurs du pouvoir, maîtres des vies ». L’auteur en sait quelque chose pour avoir été détenu arbitrairement sous Tombalbaye, pourchassé par Hissène Habré et fréquemment harcelé par le régime du président actuel Idriss Déby.

Une immersion passionnante

Mais son autobiographie n’évoque pas que ses pérégrinations politiques. Dans la première partie du livre, Jean-Baptiste Laokolé nous convie à une immersion passionnante dans l’Afrique traditionnelle des années 1930, une Afrique colonisée certes mais où régnait encore la force des valeurs ancestrales. Né en 1936, l’auteur a vécu cette époque où la parole des anciens comptait, où la transmission des savoirs se faisait harmonieusement dans la communauté et où l’initiation était de rigueur. Lui-même devint « lao », l’initié qui apprit les codes secrets immémoriaux.

Il raconte les dizaines de kilomètres à pied pour rendre visite à des parents, les travaux des champs, les solidarités sociétales, le découpage colonial arbitraire qui sépare les familles en nationalités différentes, ainsi que l’apparition de l’école et des missionnaires. Qui vont radicalement changer son existence. Car Jean-Baptiste Laokolé deviendra un pur produit de l’école coloniale française. Dans le bon sens du terme, avec sa rigueur dans l’apprentissage et un certain pointillisme. Il adoptera aussi la religion protestante, avec ferveur, dans un syncrétisme lui permettant d’invoquer à la fois le dieu des chrétiens et ses propres ancêtres.

 


© Droits reservés
Jean-Baptiste Laokolé, auteur du livre «Terre des lézards»
Ainsi, le petit Jean-Baptiste deviendra successivement, de simple opérateur des Postes et télécommunications au Tchad, directeur de cette institution, puis de la Caisse d’épargne, avant d’être nommé ambassadeur dans plusieurs pays africains, pour terminer sa carrière comme secrétaire d’Etat au ministère tchadien des Affaires étrangères. Il croisera au cours de ses missions de nombreux présidents africains, de Mobutu à Mengistu, et se déplacera dans le monde entier.

Vers une escalade de la violence

Aujourd’hui à la retraite, Jean-Baptiste Laokolé est une icône respectée de l’opposition tchadienne au sein du Parti pour les libertés et le développement (PLD). « J’éprouve un sentiment de crainte vers une escalade de la violence et un durcissement de la répression politique », confie-t-il à rfi.fr quand on lui parle de la situation dans son pays. « Le Tchad est en proie à des revendications sociales de plus en plus fortes et les manifestations sont durement réprimées par le pouvoir. La réélection frauduleuse du président Idriss Deby exacerbe davantage cette tension entre la population et le pouvoir. L’opposition réelle et la société civile sont totalement muselées. Fort du soutien de la communauté internationale, le régime ne lésinera sur aucun moyen pour conserver son pouvoir. »

Jean-Baptiste Laokolé n’est pas vraiment plus optimiste concernant la situation du continent africain. « Il y a de nombreuses raisons d’être très inquiet, déplore l’ex-ambassadeur. Sur le plan politique, la démocratie reste un vœu pieux pour l’écrasante majorité des Africains, elle semble même reculer en Afrique centrale avec la modification des constitutions qui garantit un pouvoir à vie à certains chefs d’Etats. Sur le plan économique et social, les populations restent très pauvres malgré des ressources substantielles. Des zones entières du continent échappent à tout contrôle et sont aux mains de groupes extrémistes qui sèment la désolation. Tout ceci n’augure pas de perspectives heureuses pour le continent. »

 

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