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Vacances: Entre débrouillardise et oisiveté des élèves

Par Stéphane Djongwé, La Voix - 03/08/2012

Les diverses activités varient d’un élève à un autre: gestion des timbres et cabines téléphoniques en passant par la vente à la criée, rencontres

 

Des jeunes, pour la plupart des élèves, sont de plus en plus nombreux à se débrouiller pendant les vacances scolaires. Ils viennent de partout. D’aucuns orphelins, se débrouillent pour diverses raisons. Certains le font par manque de soutien. D’autres, en provenance des provinces, le font pour se prendre en charge. D’autres encore, s’y lancent pour survivre et préparer la rentrée scolaire. «Je suis élève, admis en classe de1ère littéraire cette année. Souvent, je me débrouille pendant les vacances. Vendeur ambulant, je vends des montres, des lunettes, des chaussures. Bref, du tout. Je les varie, quand cela ne m’apporte pas de bénéfices. C’est le statut de mon oncle retraité, qui m’oblige à me lancer dans cette débrouillardise pour espérer me réinscrire la rentrée prochaine», explique Mbaïguinam Claude, qui exerce cette activité depuis la classe de 5ème. Guy, un autre débrouillard âgé de 13 ans, lui opte pour la vente de cigarette et de cola. «Cela fait 3 ans que j’exerce cette activité. Et à chaque fois, je mets de côté le bénéfice pour mes fournitures scolaires et ma réinscription.» Remadji Clarisse, le fait pour se prendre en charge et payer son loyer. «Je me débrouille pendant les vacances scolaires pour ma propre prise en charge. Je vivais avec ma tante et nous entendions difficilement. C’est pourquoi, j’ai décidé d’aller louer une chambre. Je vends des pagnes au marché. Je les vends aussi à des fonctionnaires en bon. Ils me payent à la fin du mois et avec un intérêt», dit-elle, souriante. Cette activité est loin d’être la chasse gardée des seuls élèves. Même de jeunes écoliers l’exercent.

 


© La Voix
Les jeunes dans la vente des objets
C’est le cas d’Oulona Martin, écolier en classe de CM1. «Je suis avec mon papa qui ne s’occupe que des enfants de ma marâtre. Ma mère étant divorcée, cette dernière me maltraite à chaque fois que l’occasion se présente à elle. Elle me prive même de nourriture quand papa n’est pas là. C’est cette situation qui m’a contraint à la débrouillardise pendant les grandes vacances. Je vends les œufs dans les bars et autres coins des rues. Je me ravitaille2 ou 3 plateaux depuis Kousseri et je réalise un bénéfice de 500 francs par plateau. Par ailleurs, je bénéficie également des pourboires de certains clients», explique-t-il. «Je vends du pain aux abords de goudron. Je le fais exclusivement pendant les vacances. Pour cette année, j’ai décidé de vendre des paquets de cigarette. Parce que cela rapporte mieux que le pain. Je prépare mon baccalauréat la rentrée prochaine. C’est pourquoi, je me prépare en conséquence», confie Ndouba Armand. Cependant, à force d’exercer ces petits commerces pendant les vacances, ils finissent par devenir une activité favorite chez beaucoup d’entre eux. «Après mon baccalauréat, je pensais abandonner cette activité. Mais n’étant retenu à l’université, je m’y ai plongé de plus bel. J’ai commencé par l’ouverture d’une cabine téléphonique dont les bénéfices m’ont permis d’acheter deux motos que j’ai mises en clando. Puis, j’ai fini par devenir clandoman», explique Kladoum.

Des activités rentables
En revanche, ces activités vacancières permettent non seulement à ces jeunes de préparer leur rentrée scolaire, mais aussi pour prendre en charge leur famille. Elles deviennent de ce fait, des activités génératrices de revenus. Pour Gisèle, élève admise en classe de Terminale A4, cette activité est devenue son métier. «C’est depuis8 ans que je l’exerce. J’ai commencé par vente du jus d’oseille et de la patate frite. Après, je me suis mise à vendre des habits pour femmes. Petit à petit, je suis devenue commerçante d’habits de renom. Chaque vacance, je me rends à Douala pour me ravitailler en marchandises de tous genres. Aujourd’hui, j’ai une grande boutique qui me permet de prendre en charge toute la famille», se réjouit-elle. «Je suis l’aîné d’une famille de 4 enfants qui passe pour la classe de Terminale. Nous vivons tous avec notre maman. Chacun se débrouille de son côté pour apporter de quoi à manger à la maison. Notre maman est paralysée depuis la mort de notre père. Personne ne s’occupe d’elle et de notre scolarité. Les parents nous ont abandonné dès le partage des biens de notre père par ses proches. Il va de soi que nous nous débrouillions pour assurer notre scolarité», confie Mahamat Ali, commerçant de friperie au grand marché. Parmi ces élèves débrouillards, se trouvent des pères de famille qui sont des locataires. Cette charge les contraint à se débrouiller pour assurer aussi bien leur scolarité que celle de leurs enfants. «Je suis à ma troisième année de préparation de bac. Mon fils aîné passe pour le Cours élémentaire 1 (CE1). Le second pour le Cours primaire 2 (CP2). J’ai commencé cette activité depuis la classe de troisième. Chaque vacance, je cultive de l’arachide qui me procure de gros bénéfices. Cela me permet de subvenir aux besoins de ma famille. Je n’ai jamais imaginé que cela allait un jour me permettre d’acquérir un lopin de terre. Dieu merci j’ai une concession personnelle. Même si le bac tarde à venir, je ne décolère pas. Je me battrai jusqu’à l’obtention de ce diplôme, peu importe le sacrifice», dit Djérabété Clison, rassuré.

L’oisiveté de certains élèves
Si certains élèves trouvent toujours des activités à faire pendant les vacances, d’autres tournent le pouce. Pour Séraphin, élève en classe de 2nde, «Je suis vacancier, mais je ne sais que faire ou commercer durant mes vacances. Je passe tout mon temps à jouer au scrabble. Quelque part, cela m’aide à me cultiver sur le plan scolaire et intellectuel». D’autres encore, préfèrent attendre tout de leurs grands frères ou proches parents. «Je passe chaque vacances à tout attendre de mon grand frère, car il travaille dans une Ong. Il me donne tout ce dont j’ai besoin et cela me suffit. Je n’ai besoin d’exercer une quelconque activité pendant cette période», lance AhmedIzzo, joyeux. Face à cette précarité, l’Etat doit investir davantage pour occuper ces jeunes débrouillards. Car l’oisiveté conduit au vol, à la drogue, au braquage, à la délinquance. Bref, au banditisme.

 

 
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