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Nétonon Noël Ndjékéry au Salon du Livre de Paris

Par Luidor NONO - 15/03/2012

L’écrivain tchadien participera dimanche 18mars 2012 à une table ronde-dédicace dressée sur le stand baptisé "librairies du sud" avec son roman «Mosso»

 

Dans votre dernier ouvrage «Mosso» quand on se fie au résumé, on pense à la prostitution, mais vous nous parlez d’iniquité, est-ce que vous pouvez nous situer?
En fait, «Mosso», aborde plusieurs sujets dont les principaux sont l’impunité et le trafic d’êtres humains qui englobe lui-même la prostitution. L’iniquité relève d’une thématique transversale que l’on retrouve dans toutes les situations envisagées dans le livre. En un mot, le roman interpelle une certaine mondialisation qui a plus tendance à favoriser la quête effrénée du profit et des plaisirs immédiats qu’à promouvoir des valeurs dignes d’être universalisées comme le commerce équitable, le respect des droits de l’homme ou la démocratie.

 


© journaldutchad.com
L'écrivain tchadien Nétonon Noël Ndjékéry
En écrivant sur ce thème précis, quel est l’objectif que vous vous assignez?
Aujourd’hui, j’estime que l’impunité est l’une des plus grandes plaies dont souffre l’Afrique. Pour ne prendre que le cas du Tchad, nombre de dictateurs se sont succédé au pouvoir depuis l’indépendance. Chacun d’eux a affligé notre mémoire collective de son lot d’exactions et d’assassinats. Or, les auteurs de tous ces crimes n’ont que très rarement eu à en répondre devant la justice. Quand un autocrate tombe, les tortionnaires ou les sicaires qui ont sévi en son nom ne sont jamais inquiétés. Au contraire, ils reprennent immédiatement du service au profit de son successeur. Pire: beaucoup de ces «nazillons» tropicaux narguent même au quotidien leurs anciennes victimes. C’est ce face-à-face chargé de souffrances d’un côté, de cynisme de l’autre, c’est cette tension qui m’est insupportable et qui m’a poussé à empoigner ce sujet. L’un des objectifs que je vise est de susciter le débat, d’attirer l’attention sur le fait que les peuples tchadiens en particulier, africains en général, ne peuvent entreprendre de grandes choses ensemble tant que leurs mémoires continueront de saigner, tant que rancunes et désirs de vengeance continueront de prospérer en leur sein. A moyen terme, s’il n’est pas trouvé un cadre symbolique où bourreaux et victimes pourront rechercher de concert les conditions d’une expiation ou d’un pardon, nous courons à la catastrophe. Car, la tentation de se rendre justice soi-même demeure grande quand aucune autorité légitimée ne prête attention à votre douleur. Et il va de soi qu’avec le nombre d’armes de guerre en libre circulation sur notre continent une vendetta consommée en appellera illico une autre. Cet engrenage-là, c’est l’autoroute à mille voies vers la guerre civile.

“Mosso” est-elle votre propre histoire?
Non, «Mosso» n’est pas ma propre histoire. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une autobiographie. N’empêche qu’un auteur, quel qu’il soit, met toujours un peu de lui-même dans ses livres. Sous ce prisme-là, «Mosso» emprunte un peu à mon propre vécu, mais beaucoup aux rencontres et aux lectures que j’ai faites. Pour être concis, j’en parlerai comme d’une construction dont les briques sont taillées dans le roc brut de la réalité et dont le ciment a été tiré de ma seule imagination.

 


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Il y a tellement de choses qui sont écrites, qu’est-ce que la littérature peut apporter d’autre au Tchad?
Il y a certes beaucoup de choses qui sont écrites et publiées de par le monde, mais très peu de ces livres concernent le Tchad. Or, chaque livre reflète des réalités perçues du point de vue de son auteur à l’aune de la culture dont celui-ci est le produit. Dans ce sens, nous les écrivains tchadiens devons encore redoubler d’effort pour rendre compte de la manière dont les nôtres vivent le monde tel qu’il va. Il s’agit d’en rendre compte avec une grille de lecture forgée par notre propre histoire, par nos propres valeurs et par nos propres symboles. Sous l’effet d’une globalisation à marche forcée, le Tchad est aujourd’hui en train de sortir à reculons d’une société dominée par la tradition orale. L’un des enjeux cruciaux dans cette période de transition est l’impératif de la conservation et de la dynamisation de sa mémoire qui se partage de fait entre deux groupes de dépositaires. D’un côté, les gardiens à l’ancienne de cette mémoire, les griots, perdent de plus en plus sinon leurs prérogatives du moins leur influence. De l’autre, ceux qui revendiquent l’héritage des griots (notamment les écrivains) sont encore en mal d’audience parce que les taux d’analphabétisme et d’illettrisme élevés ainsi que le prix prohibitif du livre restreignent considérablement leur lectorat dans le pays. Cela m’amène à évoquer ce qui a toujours été mon dada, à savoir que, loin de s’exclure l’une l’autre, les traditions orale et écrite devraient se nourrir mutuellement pour générer une parole forte, vivante, enracinée dans notre sol mais ouverte aux quatre vents. Même si je répugne à assigner une mission à l’écrit, je pense que la littérature peut contribuer efficacement à rassembler, puis à apaiser la mémoire éclatée des peuples du Tchad. D’ailleurs, elle fournit déjà abondamment de la matière utile pour forger l’identité tchadienne.

Est-ce le sens de vos “chroniques tchadiennes”?
«Chroniques tchadiennes» est un roman qui traite d’un thème, certes courant en littérature, mais inépuisable: un amour contrarié entre deux jeunes gens, Haïtara et Souloulou. Ce qui fait à la fois son ancrage local et sa dimension universelle, c’est qu’il prend comme toile de fond un Tchad livré à une noria de despotes, à la pesanteur des traditions, aux appétits des grandes puissances et, en même temps, aux vertiges des pétrodollars et aux tentations d’une modernité de façade. Comment s’aimer d’un amour authentique quand tout à l’entour suinte la haine, l’hypocrisie, le cynisme et la corruption? Telle est résumée l’une des questions centrales qui traversent le texte. Le troisième personnage du livre, un tamarinier nain, porte de bout en bout une puissante symbolique animiste et colore l’histoire d’un peu de réalisme merveilleux. Ce parti pris prétend illustrer, entre autres choses, une idée qui me tient à cœur : de même qu’un arbre a besoin de bien s’enraciner pour mieux se lancer à la conquête du ciel, de même un homme a besoin de s’appuyer profondément sur ce qu’il a hérité de ses ascendants pour mieux s’épanouir et s’ouvrir aux autres. Le raisonnement vaut aussi pour un peuple, cela va de soi.

 


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Le livre de collaboration avec le jeune Adjim Danngar
Parlez-nous un peu de votre collaboration littéraire avec Adjim Danngar?
En décembre 2010, les éditions Sao dirigées à Ndjamena par mon ami, l’écrivain Laring Baou, ont accepté le principe de la réédition d’une de mes premières pièces de théâtre intitulée «Goudangou ou les vicissitudes du pouvoir». L’idée s’est alors d’emblée imposée à moi qu’il me fallait absolument un dessin signé Adjim Danngar en couverture. Peu avant, j’avais découvert son coup de crayon au hasard de mes errances sur le web et ses caricatures m’ont complètement bluffé. Je l’ai sollicité par simple courriel. Et, alors même que nous ne nous connaissions que de nom à l’époque, il m’a aussitôt répondu avec un enthousiasme qui m’a beaucoup touché. Le temps de recevoir le texte de la pièce, puis de le lire et il me faisait déjà quatre propositions qui m’ont plongé dans un profond embarras du choix. Il a quand même fallu trancher en définitive, mais les trois maquettes laissées en plan étaient aussi géniales que celle qui a été retenue. C’est vous dire à quel point ce jeune créateur est pétri d’un talent qui ne demande qu’à s’exprimer. Cette première collaboration a été si fructueuse qu’elle en appellera d’autres.

Vous avez été un jeune lauréat de prix litteraires, un mot à cette jeunesse qui voudrait suivre vos traces!
En effet, je me suis fait les griffes dans l’arène des concours littéraires. C’est donc en parfaite connaissance de cause que je les recommande aux jeunes qui ont la passion de l’écriture. Car, en permettant à tout un chacun de confronter ses textes à ceux des autres et au jugement d’un jury, ils offrent d’excellentes opportunités d’apprentissage et d’émulation. Jusqu’à preuve du contraire, il n’existe pas d’école d’où l’on sort nanti d’un diplôme d’écrivain. C’est un métier dont les principales ficelles s’acquièrent sur le tas, dans la chaudière même de la vie. Par conséquent, toutes les occasions de capter des techniques d’écriture (concours littéraires, atéliers d’écriture, lectures, rencontre avec des auteurs, etc...) sont bonnes à saisir. Et, surtout, il ne faut pas baisser les bras dès les premiers échecs. C’est à force de tomber que l’enfant finit par maîtriser la station debout, puis la marche.
 
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