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Audrey Linda Shey: Hôtesse de l’air et artiste tchadienne

Par Luidor NONO - 19/09/2011

Quand la jeune musicienne tchadienne n’est pas dans les airs, elle en profite pour terminer l’autoproduction de son deuxième album

 

Quel est le métier qui a précédé l’autre? Hôtesse de l’air ou artiste?
C’est vrai que j’ai profité du salaire d’hôtesse de l’air pour me produire toute seule

Être artiste féminine au Tchad, à quoi ça ressemble?
En 2011, ça ressemble déjà à quelque chose comme dans tout autre pays. Or en 2005, quand je sortais mon 1er album, j’étais la première femme tchadienne à avoir un album sur le marché. Ce n’était pas du tout facile et en plus de cela, je m’étais rasée la tête sur la pochette parce que je me disais, il ne fallait pas que je ressemble à quelqu’un d’autre, il fallait que je ressemble à moi-même. Comme vous le savez, ici on est dominé par une religion et une femme qui chante ça fait de la prostitution et une femme qui se rase la tête, c’est une ratée. J’étais traitée de tout, je recevais des menaces, même par sms avec des numéros masqués et non masqués, j’étais vraiment exposée. Mais avec le temps, comme les médias ont su faire leur travail, on me diffusait à longueur de journées sur les ondes des radios et les gens cherchaient à savoir ce que je disais exactement dans mes chansons. Mes thèmes emportaient de plus en plus de gens et tous ceux qui me créaient des problèmes sont devenus mes «fans».

 


© journaldutchad.com
Audrey Linda Shey
Ce qu’on vous reprochait, c’était un problème d’esthétique ou le sens des paroles de vos chansons?
Non, on a fini par apprécier les paroles de mes chansons. Ce qu’on me reprochait c’est qu’une femme ne doit pas rester sur le podium en face des hommes, se sentir libre et donner des conseils. Deuxièmement, que mes cheveux soient rasés. Une femme de chez moi doit garder ses cheveux.

Quand vos détracteurs vont à l’étranger et qu’ils trouvent d’autres femmes qui chantent, qu’est-ce qu’ils disent?
L’étranger c’est autre chose. Ils disent qu’ici c’est le Tchad, on n’est pas par exemple au Cameroun ou en Côte d’Ivoire, c’est pour dire que le Tchad c’est autre chose.

Est-ce que ça veut dire que vous ne vous produisez pas à l’étranger?
Si, on se produit à l’étranger mais, même en vivant et en se produisant à l’étranger. Ils veulent nous voir par exemple à la télé avec les cheveux attachés.

Pour ceux qui n’ont jamais entendu la musique d’Audrey Linda Shey, votre univers musical c’est quoi?
Je ne peux pas trop donner de l’étiquette à ce que je fais. Je préfère me sentir libre dans ce que je veux faire. Quand je prends un thème, il faut que je cherche à savoir comment transmettre ce message. Dans mes productions, il y a des rythmes, le reggae, le rap, le r&b, techno. Quand je me sens libre en faisant ce que certains appellent techno, je me mets là dedans et si je me rends compte que le message passe plutôt bien avec ce qu’on appelle rap, je le fais… Avec ces prestation je suis me suis retrouvé à «couleurs tropicales», dans «Plein sud» et dans plusieurs autres radios au Cameroun et même sur la chaîne de télévision tchadienne qui est maintenant satellitaire.

Le virus de la musique vous a piqué à quel moment?
Déjà mon papa était un prince. Il était entouré des griots et comme il était le seul garçon de son papa, il savait faire tout ce que les griots faisaient. Il a épousé ma maman au village et quand ils sont arrivés à Ndjamena, ils m’ont mis au monde et il me berçait avec ce que les griots faisaient. En grandissant, tout le monde a réalisé que mon père avait plus de penchant pour moi que pour les autres. Il m’aimait beaucoup, ce qui créait de temps en temps de petites jalousies dans la famille. J’ai beaucoup été bercé par mon papa et par la suite, toute la famille venait à l’église et j’aimais bien la chorale. J’ai commencé à être animatrice dans la chorale des enfants à la paroisse du Sacré Chœur à 9 ans. C’est depuis lors que je suis dans la musique.

 


© facebook
Audrey Linda Shey, la musicienne
Et pour devenir hôtesse de l’air?
Quand j’étais à l’école primaire, il y avait un cahier d’amitié qui passait de mains en mains et chacun en classe écrivait ce qu’il voulait. Dans ma page à moi, j’avais écris que je voulais être hôtesse de l’air et ça, c’est depuis la classe du CM2. Quand mes amis ont pris le cahier et ont vu que j’avais écris hôtesse de l’air, ils se sont marrés de moi. Je leur ai demandé pourquoi? Ils ont dit, Hôtesse de l’air, il fallait avoir au moins 1m 80, il fallait avoir de longs cheveux, il fallait avoir un teint clair, … toute chose qui concourait à briser mon rêve. Quand je suis arrivée en Terminale, j’ai écouté un communiqué à la radio. J’ai déposé mon dossier puis j’ai été retenue. Je suis allée en formation en Hollande…

Aujourd’hui, quelle est l’activité principale d’Audrey Linda Shey? Entre deux avions ou dans un studio?
Déjà, mon boulot ne me prend pas tous les jours. Donc, j’ai tout le temps de faire ce que je peux faire en tant qu’artiste.

L’actualité pour vous c’est quoi?
J’ai fini l’enregistrement de mon 2e album, je le sors bientôt.

Un mot pour les fans de Linda Audrey Shey?
J’aimerais que tout le monde soit fort, parce que tout le monde me demande pourquoi est-ce qu’on ne me voit plus. J’étais déjà monotone avec mon premier album et on attend impatiemment mon 2e album. J’ai osé faire une tournée dans le sud du pays avec mon 2e album malgré le fait que ce ne soit pas encore sorti, mais je ne peux pas continuer pendant qu’il n’est pas encore sorti. Donc, je dis à tout le monde que je suis là, je vais réapparaître très bientôt, j’embrasse tout le monde.

Cette autoproduction est une constante chez les artistes tchadiens, est-ce que vous avez un mot à ce sujet?
Il y a quand même des gens qui arrivent à se faire produire mais ce n’est pas donné à tout le monde. Moi, au moment où je lançais mon premier album, je ne pouvais pas avoir un producteur parce que je vous disais tantôt que quand une femme est musicienne au Tchad, ce n’est pas vraiment facile. Qui va oser produire «une personne qui s’affole comme ça»? Ce qui m’a poussé à m’autoproduire. Pour mon 2e album, il y a quand même des promesses, mais moi je veux d’abord avoir la maquette en main avant de voir si je peux faire quelque chose avec çà. Je suis quand même fière de m’autoproduire, ça ne me dérange pas du tout.

Ces jeunes artistes qui aimeraient bien se produire, qu’est-ce que vous leur dites?
Ici au Tchad, la musique ne nourrit pas son homme. Si c’est un homme, il peut encore se battre. Mais quand une femme tend la main, c’est différend. Pourtant, être artiste femme ne veut pas dire être prostituée ou être un objet libre comme pour que tout le monde touche. Alors quand on tend la main, c’est une porte ouverte. Je demande à tout le monde de continuer à l’école ou du moins d’avoir une possibilité de gagner sa vie, être autonome et comme ça ils pourront se produire sur la scène internationale. Mais, quand on ne fait rien, faire de la musique, ce n’est pas facile.

Est-ce que vous avez des amitiés avec d’autres artistes tchadiens?
Oui, …..
 
MOTS CLES :  Hôtesse   Rap   Tchad   Musique   Linda Shey 

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