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Tchad : Difficile intégration d’un repenti de Boko-haram

Par aa.com.tr - 19/01/2018

En s'échappant des rangs du groupe terroriste Boko-Haram, Adoum Moustapha ne mesurait pas l'effort qu'il aurait à fournir pour se faire pardonner par les siens.

 


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A Bol, chef-lieu de la région du Lac, située dans l'Ouest du Tchad, frontalière avec le Niger et le Nigeria, Adoum Moustapha, un jeune repenti du groupe terroriste Boko Haram depuis juillet 2017, tente de se faire une nouvelle vie auprès des siens.

Dans un atelier de deux mètres carrés, construit en bûches et en paille, un trentenaire, couvert de sueur, coupe du bois pour fabriquer des tables et des bancs qu'il propose à la vente. Il s'agit d'Adoum Moustapha, ancien élément de Boko-Haram qui a quitté le groupe depuis bientôt sept mois.

Aujourd’hui, il est devenu menuisier dans la ville, quittée deux années plus tôt pour rejoindre les rangs du groupe terroriste nigérian. En dépit de sa bonne volonté, Moustapha a du mal à se faire pardonner et à bien réintégrer la société où il vit, on le regarde toujours comme celui qui a participé aux côtés des terroristes à saccager et brûler la ville.

«J’ai été enrôlé de force par les éléments de Boko-Haram en 2015 avec une dizaine d’autres jeunes, tous originaires de cette ville. On a été drogués et contraints à brûler des villages et à enlever des femmes pour nos commandants, au prix de notre survie. Nous étions comme des prisonniers, nous nous reposions peu, nous patrouillions tout le temps et nous étions mal nourris.», témoigne Adoum Moustapha, à Anadolu.

Ce trentenaire a réussi à s’échapper de la secte Boko-Haram en juillet 2017. Mais six mois plus tard, la société et en particulier ses proches de la localité, le considèrent, toujours, comme un malfrat criminel et refusent de l’approcher et de lui apporter l’aide psychologique dont il a besoin.

«Mes parents ne m’adressent toujours pas la parole et me considèrent comme un assassin de Boko-Haram. Tous ceux qui me connaissaient avant, refusent également de me croire. Ils pensent même que je suis un agent de renseignement à la solde de Boko-Haram.», raconte-t-il.

En quittant les rangs du groupe terroriste, Adoum Moustapha, s'attendait déjà à un tel accueil de la part de ses proches mais ne mesurait pas l'effort qu'il aurait à fournir pour se faire pardonner par les siens.

«Je savais qu'il serait difficile pour mes proches de m'accepter et de me pardonner, parce qu'ils ont encore en mémoire les horreurs causés par les éléments de la secte. Mais je ne m'attendais pas à ce que l'exclusion de la société soit aussi immédiate et difficile à supporter.».

Le Jeune repenti garde tout de même espoir, se disant qu’un jour ses proches et tous les habitants de sa ville natale, le pardonneraient et qu’il retrouverait sa place légitime au sein de la société.

«Aujourd’hui j’utilise mon savoir-faire dans la charpenterie pour me rapprocher des miens. Car, je sais que viendra le jour où ils me pardonneront et, avec le temps, la confiance sera rétablie», espère-t-il.

Comme le jeune Adoum Moustapha, des centaines d’éléments de Boko-Haram ont décidé de fuir l'emprise des terroristes et de regagner leurs localités respectives dans la Région du Lac Tchad afin d'y reprendre une vie normale.

Ces mouvements de retours volontaires ont été amorcés depuis avril 2016.

Ils sont accueillis par des unités spéciales de l’armée tchadienne, composées de militaires, de représentants des organes des Nations-unies et des autorités locales. Mais leur réinsertion devient un véritable problème social.

"Ils sont exclus par leur société et surveillés, de près, par les forces de l'ordre et de la sécurité. Ils vivent dans la peur et craignent des représailles des parents des victimes de Boko-Haram. Ils ont besoin d'aides humanitaires et psychologiques, ce qui tarde à venir", explique à Anadolu Djimadoum Prospère, un humanitaire tchadien.

Le gouvernement tchadien avait annoncé, fin 2016, la mise en place de programmes de dé-radicalisation et de réinsertion sociale des jeunes repentis de Boko-Haram, qui regagnent la légalité. Mais plus d’un an après, les repentis sont toujours à la charge des ONG et des organes des Nations-Unies, qui ne considèrent toujours pas le cas de ces derniers, comme une urgence humanitaire.

«Nous sommes conscients de la situation des repentis qui attendent des programmes de réinsertion sociale promis par le gouvernement afin de commencer une nouvelle vie. Une promesse qui sera mise en œuvre au début de l’année 2018, vu que le projet est pris en compte dans le budget de cette année. Nous réglons les derniers détails avec nos partenaires humanitaires et les organes des Nations-Unies qui opèrent, dans ce sens, dans la localité», a souligné récemment la ministre tchadienne de la Femme, de la Famille et de la Solidarité nationale, Amina Kodiyana lors d’une tournée dans la localité du lac Tchad, mercredi 3 janvier 2017.

A ce jours, plus de quatre mille deux cents jeunes identifiés comme repentis de Boko-Haram sont recensés par les autorités locales.
 
MOTS CLES :  Tchad   Boko-haram   Intégration   Sociale 

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