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"10 jours pour signer" : un cybermilitant torturé au Tchad pour des vidéos Facebook

Par LCI - 30/11/2017

En prison depuis 2016, le blogueur Mahadine est l’une des personnes retenues par Amnesty International via pour campagne "10 jours pour signer", lancée pour dénoncer le recul des droits de l’homme.

 


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Un symbole des droits de l’homme piétinés. Vendredi 30 septembre 2016, en pleine journée, Tadjadine Mahamat Babouri n’imaginait sûrement pas ce qui était en train de se tramer dans son dos. Et pour cause : alors qu’il déambule, tranquillement ou presque, dans les faubourgs du quartier Bololo, entre l’ambassade de France et la grande mosquée, à N’Djamena, la capitale du Tchad, celui qui officie comme blogueur militant sous le nom de Mahadine est brutalement enlevé, capturé à bord d’une voiture banalisée par six hommes armés encagoulés. Un rapt orchestré, selon plusieurs associations telle que l'ONG Reporters sans frontières (RSF), par des agents de l’Agence nationale de sécurité (ANS), les services secrets tchadiens, connus pour leurs méthodes "brutales et arbitraires".

Gravement malade, Mahadine est en besoin urgent de soins

Son crime ? Avoir posté quelques jours plus tôt des vidéos et des commentaires sur Facebook dénonçant la corruption du pouvoir tchadien incarné depuis 1990 par le président Idriss Déby Itno et ses proches. Détenu loin de chez lui - dans la prison "surpeuplée" de Moussoro, toujours d’après RSF - dans des conditions sordides après son inculpation en octobre 2016 pour "atteinte à l’ordre constitutionnel, à l’intégrité territoriale et à la sécurité nationale, et intelligence avec un mouvement insurrectionnel", Mahadine est aujourd’hui l’une des dix personnes mises en lumière par Amnesty International dans sa campagne annuelle "10 jours pour signer". Une campagne lancée vendredi 24 novembre pour dénoncer, pétitions à l’appui, le recul des droits de l’homme dans le monde et défendre ces victimes, emblèmes de l’autoritarisme.

 


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Pour le Tchadien, marié et père de sept enfants, l’objectif d’Amnesty est simple : obtenir sa libération au plus vite. "Mahadine raconte avoir été frappé et enchaîné pendant plusieurs semaines. On l’a transféré d’une prison à l’autre. Aucune information sur son sort n’a été communiquée à sa femme et ses enfants, qui ont dû se mobiliser pour le retrouver par leurs propres moyens", détaillait récemment un communiqué de l’antenne canadienne de l’ONG. "Il a attrapé la tuberculose pendant sa détention et est gravement malade. Il a besoin de soins médicaux de toute urgence." Torturé, électrocuté, placé à l’isolement total, privé d’eau et de nourriture, Mahadine est toujours dans l'attente de son procès, où il risque la prison à vie. "Mahadine ne doit pas être privé de liberté simplement parce qu’il a eu le courage d’exercer son droit à la liberté d’expression et de faire connaître ses opinions", fait encore valoir Amnesty, qui en appelle directement au président Déby.
Une région en proie au risque terroriste

"Nous condamnons absolument les conditions de cette arrestation et les conditions de détention qui violent le droit à un procès équitable. Nous demandons la libération de Mahadine qui n’a fait que son travail de journaliste, en attirant l’attention sur des sujets d’intérêt public. Le Tchad doit cesser les exactions contre les journalistes et respecter la liberté de la presse“, déclarait RSF cet été, parlant d’un pays où règne un climat "délétère". L’institution place d'ailleurs le cinquième plus vaste Etat d’Afrique (1.284.000 km², soit deux fois l’Hexagone) au 121e rang - sur 180 - de son classement version 2017 sur la liberté de la presse.

Dirigé d’une main de fer par Idriss Déby Itno (réélu en avril 2016 avec plus de 60% des voix au premier tour, il cherche à faire adopter une réforme constitutionnelle pour prolonger son séjour au pouvoir), le Tchad, qui a largement souffert de la baisse de sa rente pétrolière consécutive à la chute des cours du baril, est (re)devenu ces dernières années le théâtre d’une forte répression. Un pays en proie aux violences et à l’instabilité régionale. Frontalier du Cameroun, de la Centrafrique, du Niger, de la Libye et du Soudan, le Tchad avait dû fermer provisoirement sa frontière libyenne au début de l'année, redoutant l'infiltration de djihadistes - de Boko Haram notamment - ou de rebelles tchadiens depuis le sud-libyen. Soutenu par la France, le Tchad accueille le QG de l'opération militaire Barkhane, lui conférant un rôle de pivot de la force antiterroriste "G5 Sahel" (menée conjointement) sur laquelle Emmanuel Macron entend s’appuyer dans la région. Peut-être de quoi donner au Président français l’occasion de réclamer la libération de Mahadine comme celles des autres journalistes, blogueurs et cybermilitants détenus arbitrairement ; tous symboles des droits de l’homme piétinés.
 
MOTS CLES :  Sociaux   Réseaux   L’homme   De   Droits   Mahadine   Torture   Tchad 

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