INTERVIEW  |    

Libre circulation dans la Cemac: «Le déclic est donné, le processus est irréversible»

Par Rfi - 10/11/2017

Daniel Ona Ondo, nouveau président de la Commission de la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale, répond aux questions de RFI.

 


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Daniel Ona Ondo, le nouveau président de la Commission de la communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale (Cemac).
RFI : Vous avez été désigné président de la Commission dans un contexte d’ouverture des frontières. Comment entendez-vous mener la suite de la marche vers l’intégration de la sous-région CEMAC ?

Daniel Ona Ondo : La fermeture des frontières était un handicap pour les pays de la sous-région. Les chefs de l’Etat ont pris la décision de demander à tous les Etats d’accepter la libre circulation des personnes. Je crois qu’aujourd’hui, tous les Etats de la sous-région ont signé des textes qui permettent aux individus munis de passeports biométriques de pouvoir circuler librement, bien sûr pendant un délai raisonnable, dans la sous-région. Mais ce n’est que le début du processus. D’abord, il faut qu’on travaille les mentalités. Parce que les Africains croient que quand on va chez eux on va leur prendre quelque chose. Je crois que ce n’est pas spécifique aux Africains, c’est spécifique à pratiquement tous les Etats qui ont tendance à se replier sur eux. Donc ce travail va se poursuivre par l’émission de passeports de la CEMAC. Il est important que tout le monde ait le passeport biométrique. Le passeport biométrique permet d’avoir des données qui permettent de pouvoir contrôler le flux des personnes dans l’espace de la CEMAC. Ensuite, les points de passage. Il faut que ces points de passage soient mieux contrôlés et que le système Interpol soit mieux connecté. Il faut vraiment qu’on travaille au niveau de l’information. Faut expliquer aux populations l’intérêt de voir les autres venir chez vous, ça permet aux Camerounais de mieux connaître les Gabonais et aux Gabonais de mieux connaître les Centrafricains et les Congolais et ainsi de suite. C’est important de savoir les potentialités qui existent dans nos pays. Parfois, les potentialités touristiques sont mieux connues à l’extérieur.

Dans le communiqué final du sommet du 31 octobre, les chefs d’Etat ont ordonné justement le versement immédiat des arriérés dus à Interpol au titre du contrôle des frontières. Combien de temps il faudra attendre pour que la libre-circulation soit effective ?

Aujourd’hui, nous avons pris la décision de verser à Interpol le reliquat qu’on leur devait pour qu’ils continuent à mettre les points de passage des aéroports, des ports et ainsi de suite. C’est un processus qui va prendre un peu de temps, mais la libre circulation elle-même est actée au niveau de la sous-région.

Quand vous dites prendre un peu de temps c’est deux, trois, cinq, six mois ?

Non, je ne pense pas, je crois le temps de verser les cotisations à Interpol, le temps de cibler les points de passage pour qu’on ait les points où l’on peut avoir des passeports biométriques. Le président tchadien l’a dit, je suis rentré au Tchad, je n’ai pas eu besoin de visa. Je suis allé à l’aéroport, j’ai déposé mon passeport qui est un passeport biométrique. Au Cameroun, c’est la même chose.

Une des plaintes des populations ce n’est pas seulement les points d’entrée aux frontières, mais aussi les postes de contrôle à l’intérieur des différents pays. Que comptez-vous faire pour que ces plaintes cessent ?

Je crois que les barrières sont aussi du fait qu’il n’y avait pas de passeport biométrique. Et puis, il n’y avait pas que des contrôles de police, il y avait aussi des problèmes de drogue, des problèmes de trafic d’objets d’art. Quelqu’un qui rentre dans la frontière Gabon-Cameroun, qui a un passeport biométrique, est moins enclin à avoir à subir les contrôles jusqu’à Libreville. Je crois que c’est aussi un travail à faire au niveau des forces de sécurité pour qu’on allège un peu les formalités. Parce que pour les commerçants, c’est fâcheux de devoir être contrôlé tout le temps. Un commerçant qui est contrôlé à plusieurs reprises sur un trajet de 600 km, qui doit donner des petites choses à des gens qui le contrôlent au risque de perdre sa marchandise, si c’est une marchandise périssable. C’est un travail d’approche, de consultation, d’éducation, avec les autorités dans les pays concernés, pour permettre le passage non seulement des personnes, mais aussi des biens. Il y a un déclic qui a été donné, le processus est irréversible.

La sous-région vit une crise liée à la baisse des cours des matières premières. Quelle sera la contribution de la Commission de la CEMAC à la diversification de l’économie qui est prônée comme une des solutions sur du long terme ?

Nos économies dépendent d’un ou deux produits. Malheureusement, ces produits dépendent du marché international et quand ces produits connaissent une baisse brusque des coûts, nos pays en supportent le contrecoup. Il faut qu’on diversifie l’économie. Les économies d’Afrique centrale sont des économies de petite dimension. Donc l’intégration sous-régionale est une aubaine, une chance. Nous avons un marché de 40 millions d’habitants. L’intégration est une chance unique pour la diversification économique de la sous-région. D’autant plus que la CEMAC est adossée à des contacts avec la CEEAC (la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale), qui est un marché beaucoup plus grand. Donc nous allons continuer à travailler avec cette sous-région pour qu’on ait encore un marché beaucoup plus grand que les 40 millions d’habitants auxquels nous sommes assujettis aujourd’hui.

Un des problèmes qu’on a le plus souvent soulevé au sein de la CEMAC, c’est l’absence de solidarité. Que comptez-vous faire pour répondre à cela ?

Aujourd’hui, nous avons les problèmes d’insécurité. Nous avons des pays qui sont en situation difficile, comme la République centrafricaine. Nous avons vu les problèmes de Boko Haram au Tchad et au Cameroun. Je crois que les présidents africains ont montré leur solidarité vis-à-vis de ces pays. Le principe de solidarité est un principe qui fait partie de l’ADN de l’Afrique centrale.

Oui, sauf qu’il n’a pas toujours été présent. Quand on regarde sur la taxe communautaire d’intégration, par exemple, ce n’est pas tous les pays qui la versaient.

Je crois que c’est conjoncturel. Aujourd’hui, nous avons pris des décisions de chefs d’Etat de faire en sorte qu’elle soit déconnectée des recettes du Trésor. Donc il n’y a plus de problèmes de ce côté-là. Elle va être reversée à la CEMAC pour que l’intégration et la solidarité puissent jouer à 100%.
 
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