DéBATS & OPINIONS  |     KIOSQUE  |     SITIC-2014  |    

Un autre regard sur le Tchad

Par lesechos.fr - 13/10/2017

Souvent critiqué, le Tchad assure pourtant son rôle de stabilisateur du Sahel. Et ce, alors qu’il traverse une crise complexe

 

Véritable pièce maîtresse du G5 Sahel, le Tchad a considérablement évolué depuis plus de vingt ans. Le cinquième pays le plus vaste du continent africain fait face depuis plusieurs années à de grands défis au sein de ses frontières, mais également à l'extérieur. Bien que traversant une grave crise depuis l'effondrement des cours du pétrole, il existe des signes encourageants.

Bien sûr, le Tchad traverse une crise économique et budgétaire grave. La chute du prix du baril de brut, dont le Tchad est exportateur depuis 2003, y est pour beaucoup, mais pas uniquement. Des conditions climatiques très difficiles, ajoutées à l'insurrection en 2015 de Boko Haram aux frontières du sud ont affaibli l'agriculture tchadienne tournée vers l'export.

Cette situation n'est ni niée ni minimisée par le gouvernement tchadien. Au contraire, l'explication de la politique d'austérité, rendue inévitable par une crise qu'il décrit sans ambages, est un thème récurrent des discours du président Idriss Déby.

Rente pétrolière

Alors que l'État tchadien était contraint de diviser ses dépenses par deux, les fonctionnaires tchadiens ont dû en 2016 accepter une réduction importante de leur salaire. Cette mesure a suscité un mouvement de contestation sociale, finalement résolu par la négociation au printemps dernier.

Le processus s'est achevé pacifiquement pour deux raisons principales : les fonctionnaires pouvaient constater l'égale répartition des efforts budgétaires et surtout, ils sortaient d'une décennie au cours de laquelle leurs salaires avaient été multipliés par sept. Un ajustement conjoncturel qui ne doit pas occulter les progrès réels obtenus.

 


© Droits reservés
« Le Tchad mérite notre aide et notre soutien », estime Michel Roussin. - Rebecca Blackwell/AP/SIPA
Ces progrès ont été rendus possible grâce à ce que d'aucuns appellent la « rente pétrolière ». Depuis que le pays exporte du pétrole, une partie importante de ses revenus a été réinvestie dans les infrastructures et le développement. Le gouvernement a fixé ses priorités : l'accès à l'eau potable et à l'électricité ou encore la santé publique. Citons le Programme national de sécurité alimentaire qui a fait reculer la malnutrition en particulier chez l'enfant, même si elle n'est pas encore éradiquée.

Sans passer en revue tous les secteurs dans lesquels l'État a investi l'argent du pétrole, il en est un qui mérite que l'on s'y attarde. Le gouvernement a progressivement racheté les avoirs d'entreprises étrangères dans le secteur pétrolier. L'État possède désormais 25 % des parts du consortium exploitant le bassin de Doba, 21 % de l'oléoduc qui le relie à la côte camerounaise et 40 % de la raffinerie de Djermaya. De tels niveaux d'investissement d'un État méritent d'être soulignés tant ils sont rares. Ils évoquent moins un régime qui vivrait de sa rente qu'un Etat qui investit et prépare son avenir.

Stabiliser le Sahel

Sur la dimension sécuritaire et la question de la stabilité de la région, rappelons que le Tchad a une superficie représentant deux fois la France pour moins de 12 millions d'habitants. Au sud, il fait face aux incursions régulières de Boko Haram, qui vient du Nigéria, et s'infiltre au Cameroun. L'armée tchadienne est intervenue à plusieurs reprises, à la demande de ces deux États, pour libérer des zones de leurs territoires tombées sous le joug des islamistes.

Au nord, il partage 1.000 kilomètres de frontière désertique avec la Libye, secouée par la guerre civile et traversée de nombreux groupes islamistes armés. Au Mali, l'armée tchadienne, représente le premier contingent de la force de stabilisation des Nations unies (Minusma). Demain, elle sera probablement le fer de lance de la Force conjointe en train d'être constituée par le G5 Sahel. Et l'Etat-major français s'est toujours publiquement félicité du concours qu'ont apporté les forces tchadiennes aux unités de l'armée française engagées dans ce théâtre d'opérations.

Peu de pays aujourd'hui, en Afrique ou ailleurs, doivent faire face à une conjoncture aussi défavorable. Peu assument avec autant de courage une telle responsabilité dans la stabilisation de la région, en accueillant par ailleurs plus de 400.000 réfugiés.

Il reste beaucoup à faire pour que le Tchad sorte d'une crise complexe dont il est toujours facile de faire porter la responsabilité au gouvernement comme nous avons hélas souvent tendance à le faire. Le Tchad mérite notre aide et notre soutien parce que sa situation l'exige et parce que son gouvernement fait face à un contexte particulièrement difficile.
 
MOTS CLES :  Tchad   Sahel   Terrorisme   Sécurité 

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

Agenda - événements

Ciné sous les étoiles – La La Land
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JournalDuTchad.com

SOCIETE

Société

CULTURE

Cinéma
Musique
Livres
Arts

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués