DéBATS & OPINIONS  |     KIOSQUE  |     SITIC-2014  |    

Les liens troubles de la multinationale suisse Glencore au Tchad

Par lemonde.fr/ - 14/06/2017

La société est devenue le client exclusif du régime d’Idriss Déby. Depuis la découverte de pétrole, la population, elle, s’est appauvrie, dénonce un rapport de Swissaid

 

Dix ans. C’est le temps qui s’est écoulé entre le premier flux de pétrole tchadien et l’obtention par Glencore d’un quasi-monopole sur les droits d’exportation du pétrole d’Etat. Dans l’intervalle, ce pays d’Afrique centrale, qui dépend désormais de l’or noir pour deux tiers de son budget, a renoncé à son « fonds pour les générations futures », chuté dans l’indice de développement humain et creusé sa dette extérieure au bénéfice de… Glencore, qui lui a octroyé des prêts, contre du pétrole, pour 2 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros).

Un cas classique de « malédiction des matières premières », dénoncé par l’organisation d’aide au développement Swissaid, qui a publié mardi 13 juin son rapport « Tchad SA » sur les activités du géant zougois dans ce pays d’Afrique centrale gouverné par le clan Idriss Déby depuis 1990.

Au tournant du millénaire, le président tchadien inaugure en grande pompe un oléoduc d’exportation qui relie le pays d’Afrique centrale à la côte camerounaise. Les travaux ont été soutenus par un consortium de groupes pétroliers (ExxonMobil, Petronas et Chevron) et la Banque mondiale. L’extraction pétrolière doit aider le pays à sortir de la pauvreté grâce à une clé de répartition des bénéfices. Celle-ci est annulée en 2006, après trois ans d’exploitation, et la Banque mondiale finit par se retirer du Tchad.

Le gouvernement de N’Djamena crée alors une société pétrolière, la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT), pour superviser la production et la commercialisation du brut de l’Etat. En 2007 puis 2011, elle accorde des concessions au consortium chinois CNPCI et à l’entreprise canadienne Griffiths. Glencore entre en scène l’année suivante, en rachetant les parts de Griffiths (rebaptisée entretemps Caracal Energy), aux prises avec la justice canadienne, qui jugera la société coupable d’avoir versé des pots-de-vin pour obtenir les concessions tchadiennes.

 


© Droits reservés
Corruption

Pour Lorenz Kummer, spécialiste des matières premières chez Swissaid, il s’agit d’un « cas classique illustrant la corruption qui règne dans le secteur pétrolier ». S’il reconnaît que rien dans son rapport ne permet de conclure à l’existence de pratiques délictuelles de la part de Glencore, il souligne « l’opacité de SHT, une structure qui ne publie pas ses comptes et n’est soumise à aucun audit externe ». L’entreprise d’Etat a aussi été associée par la presse locale à plusieurs affaires de corruption.

Concrètement, Swissaid reproche à Glencore de ne pas en faire assez en matière de transparence. Le géant zougois, coté à la Bourse de Londres, est légalement tenu de publier les sommes versées à d’autres Etats en matière d’extraction pétrolière. Cette somme atteignait en 2015 79,9 millions de dollars pour le Tchad. Glencore n’est en revanche pas obligé de chiffrer le volume de négoce. Et, depuis 2013, Glencore détient selon ses propres dires « 90 % des droits d’exportation du pétrole de l’Etat tchadien ».

Dans une lettre de sept pages, le groupe zougois répond aux interrogations de Swissaid. Il souligne « prendre la gouvernance d’entreprise au sérieux », mais affirme qu’on ne peut pas attendre de lui qu’il « rende public des contrats confidentiels de cette nature ». Concernant le prêt accordé au groupe pétrolier, Glencore estime avoir pris ses responsabilités en [i « s’assurant que SHT avait, selon la loi tchadienne, les compétences de passer ces accords de prépaiement pétrolier. Et obtenu la confirmation du ministre des finances et de l’énergie que la transaction n’allait pas compromettre les discussions [du Tchad] avec la Banque mondiale et le FMI. »]

Le timing de la publication de ce rapport ne tient pas du hasard. La semaine prochaine, la Commission des affaires juridiques du Conseil national se penchera sur la révision du droit des sociétés anonymes, prévoyant que les entreprises publient leurs transactions avec des organismes publics. Swissaid et Public Eye souhaiteraient que cette réglementation soit étendue aux activités de négoce.
 
MOTS CLES :  Tchad   Glencore   Multinationales 

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

Agenda - événements

Ciné sous les étoiles – La La Land
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JournalDuTchad.com

SOCIETE

Société

CULTURE

Cinéma
Musique
Livres
Arts

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués