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Mahamat-Saleh Haroun, la langue au Tchad

Par liberation.fr/ - 20/03/2017

Ministre de la Culture d’Idriss Déby, le cinéaste romancier refuse les polémiques sur la colonisation et demande du temps pour l’Afrique

 

De quoi Mahamat-Saleh Haroun est-il le nom ? En apparence, il a la même moustache que Groucho Marx, mais affiche aussi une élégance discrète, impose d’emblée un ton posé, réfléchi.

Dans ce café de Saint-Germain-des-Prés habitué à la fréquentation de quelques people qui viennent en voisins, personne ne le remarque. Personne ne sait que ce quinquagénaire africain est le plus célèbre cinéaste de son pays, le Tchad, que ses films ont été plusieurs fois primés à Cannes comme à Venise. Et qu’il est aussi devenu, depuis peu, ministre. Un rôle inédit, voire un peu risqué, pour ce créateur prolifique vivant depuis plus de trente ans à cheval entre son pays natal, le Tchad, et ce pays d’exil, la France, où réside toujours sa famille. Sa femme est française et il a trois enfants, dont deux jeunes adultes. En ce mois de mars, il vient aussi de publier son premier roman et achève la postproduction de son prochain film, avec Sandrine Bonnaire en tête d’affiche. Pour la première fois, il s’agira d’une «histoire française, souligne-t-il, le destin de réfugiés politiques centrafricains qui se heurtent aux difficultés de l’asile en France». Il en parle sans animosité ni excitation particulière : «Les Noirs se sentent souvent indésirables dans ce pays, toujours considérés comme suspects dans l’espace public, toujours susceptibles d’être soumis à des contrôles d’identité sans même qu’il y ait délit.»

La «méconnaissance de l’Afrique souvent résumée à des clichés» n’a évidemment pas échappé à ce cinéaste, plus engagé qu’il ne veut le dire. Son grand-père a combattu avec les forces du général Leclerc, comme celui du héros de son premier roman, parsemé de détails autobiographiques. Pour rejoindre Leclerc parti du Tchad pour libérer la France, le grand-père du cinéaste a dû défier son géniteur, qui le reniera et le contraindra à changer de nom. Dans l’Hexagone, le grand-père vivra une passion sans lendemain avec une prénommée Denise. Il avait fait promettre à son petit-fils de donner ce prénom à sa fille. «Mais quand celle-ci est née, j’étais si ému que j’ai oublié ma promesse», soupire-t-il. Reste qu’en réalité le cinéaste n’a jamais été vraiment inspiré par l’histoire [i«française»] du Tchad, la colonisation et son héritage. On évoque la récente polémique déclenchée par Macron sur les méfaits de la colonisation ? «On peut en discuter, c’est une page douloureuse. Mais moi, je m’intéresse d’abord au 1 % de notre propre responsabilité», explique-t-il.

Depuis l’indépendance, l’histoire du Tchad a été marquée par le fracas des armes : une succession de dictatures, coups d’Etat, répressions et rébellions souvent venus du Nord et encouragés par la Libye de Kadhafi. Né en 1960, l’année de l’indépendance, à Abéché, dans l’est du pays, Haroun a vécu cette suite de coups de force et de guérillas sans fin. Elle forme la trame de la plupart de ses films. De façon plutôt suggestive, il y évoque souvent une guerre lointaine et invisible, qui impose l’arbitraire au sein d’une société contaminée par l’intolérance et la suspicion. Aîné d’une famille de six enfants, le futur cinéaste se souvient bien de cette période où «l’on écoutait la radio des rebelles en cachette». Il n’a pas oublié non plus que les forces françaises, déjà très présentes dans le pays, blesseront son père par erreur. «La violence recouvrait souvent les moments de joie», constate-t-il.

 


© Droits reservés
Mahamat-Saleh Haroun. Photo Stéphane Remael pour Libération
Juste avant de quitter le Tchad, à 20 ans, lui-même est atteint par une balle perdue dans une rue de N’Djamena. Il part ensuite un an en Libye, avant d’être récupéré par son père, enseignant devenu diplomate, alors nommé à l’ambassade du Tchad en Chine. Mais à Pékin, il ne peut réaliser son rêve d’enfance : intégrer l’école de cinéma «interdite alors aux étrangers». Il tente sa chance à Paris. Il vient d’y arriver quand Hissène Habré prend le pouvoir.

Ces huit années de dictature restent à ses yeux la période la plus sombre et la plus sanglante qu’ait vécue son pays. Elle hante certains de ses films comme son premier roman, mais s’impose surtout dans un documentaire poignant présenté à Cannes en mai, au moment même où l’ex-dictateur était jugé au Sénégal, pays où il s’était réfugié après avoir perdu le pouvoir, renversé par Idriss Déby, qui fut le chef de son armée avant de se retourner contre son mentor. Depuis vingt-six ans, c’est désormais Déby qui est le maître du pays, où il règne d’une main de fer.

Qui aurait cru que le cinéaste deviendrait un jour son ministre ? «Je ne suis pas un homme politique, mais un technicien», justifie ce dernier, qui tempère les critiques contre le pouvoir en place. «Ce régime est au diapason de l’histoire politique du Tchad. Nous sommes sortis d’une dictature, celle de Hissène Habré, qui a tout détruit. Aujourd’hui, on voudrait qu’un pays qui n’a que 50 ans se retrouve au même niveau de démocratie que la France. Laquelle a fait la révolution en 1789 mais n’a accordé le droit de vote aux femmes qu’en 1945. Il faut être indulgent avec l’Afrique», souligne le nouveau ministre du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat. Lequel affirme «refuser la posture de l’intellectuel africain qui attend tranquillement le changement à Paris», et ambitionne des «choses simples» : créer une école de cinéma à N’Djamena, remplir enfin de livres la Bibliothèque nationale «désespérément vide» où il négocie un premier envoi de 3 000 ouvrages en septembre. L’avenir dira si ce pari valait le coup, dans un pays soumis à de fortes tensions sociales alors que les législatives, prévues cette année, ont été reportées sine die. Peut-on au moins considérer que le Tchad, si souvent déchiré entre nord et sud, est désormais une vraie nation ? «Oui, elle existe, et ce n’est plus simplement le nom d’un pays aux frontières artificielles. En grande partie grâce aux guerres civiles : nos souffrances communes ont créé la conscience d’un destin commun.» Issu d’une famille musulmane, ce non-pratiquant s’inquiète néanmoins du fossé grandissant entre les communautés religieuses, «qui tend à remplacer le clivage entre le nord et le sud».

Au fait, «Mahamat-Saleh», ce n’est pas un prénom. Ou plutôt, c’est celui de son père. Devenu nom de famille du fils et placé en premier, comme le veut la tradition tchadienne. «Mais en France, l’administration a trouvé que c’était trop compliqué. Du coup, quand j’ai acquis la nationalité française, mon prénom, Haroun, est devenu mon nom de famille», note-t-il, amusé que tant de gens ici l’ignorent. Ils ne savent comment le nommer, lui, le cinéaste ministre, incognito à Paris, qui rêve déjà de son prochain film : ce sera une histoire de revenants.
 
MOTS CLES :  Tchad   Mahamat-saleh Haroun   Cinéaste   Portrait   Colonisation 

2 COMMENTAIRES

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Par belette

29/03/2017 09:03

Bonjour

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Chargée de mission
www.lebouquinvolant.com




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