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Tchad : la mission sensible des transmetteurs d'Agen

Par ladepeche.fr/ - 03/02/2017

Défense - Armée

 

En opération dans la bande sahélo-saharienne (BSS) depuis l'automne dernier, une centaine de militaires du 48e RT d'Agen œuvrent au sein du groupement de transmissions de l'opération Barkhane, basé au camp Kossei de N'Djamena au Tchad (lire notre édition d'hier). Cette unité, le GTRS Léopard, est constituée comme un régiment, et divisée en trois sous-structures, puis en postes détachés. Des transmetteurs d'Agen sont ainsi répartis en différents endroits, au Tchad, au Niger ou au Mali. Ils sont tous des combattants, doivent savoir se servir de leur arme s'ils sont attaqués, par exemple lors d'un convoi. Les transmetteurs sont en effet parfois envoyés loin de la zone arrière de N'Djamena pour installer ou réparer un équipement de télécommunication.

Ils sont combattants certes, mais surtout des experts. Car l'armée de terre déploie sur l'opération Barkhane du matériel très sophistiqué, mis en œuvre par des spécialistes. Il requiert des compétences de haut niveau, méconnues, surtout par ceux qui passent chaque jour devant la caserne Toussaint d'Agen, ignorant qu'on y cogite aussi fort…

[i «On ne nous voit pas, c'est parfait, cela signifie que tout fonctionne bien, s'amuse le lieutenant-colonel Richard, Agenais et chef des opérations du GTRS Léopard. Nous n'avons pas le droit de tomber en panne : de jour comme de nuit, tout doit fonctionner. Et si le plan A tombe, il y a derrière un plan B, voire un plan C. Le service est continu pour appuyer le commandement (avec des moyens satellitaires, de radio ou de téléphonie), mais également pour appuyer directement l'infanterie ou les blindés lors d'opérations. Pour ce faire, nous fournissons du matériel léger ou bien des véhicules type VAB équipés de moyens de transmissions.»

Quand ils ne sont pas dans les sous-groupements transmissions de Gao (Mali) ou de Niamey (Niger), les hommes et femmes du 48e RT opèrent au sous-groupement de N'Djamena, siège du GTRS. Ils sont répartis dans plusieurs services : les uns veillent aux antennes et systèmes satellitaires, les autres aux émissions et matériels radio. Autres fonctions : la cybersécurité, la logistique, le chiffrement, l'élaboration des systèmes informatiques, la gestion des réseaux filaires en cuivre ou de fibre optique, la maintenance du matériel informatique, l'administration des réseaux informatiques, etc., etc. Des tâches souvent très complexes, ayant nécessité de longues formations à l'école des transmissions ou à la caserne Toussaint d'Agen.

Une grande parabole tournée vers l'espace
La partie la plus visible – et symbolique – du GTRS, ce sont les moyens satellitaires. La grande antenne parabolique, haute de plusieurs mètres, est pointée vers le ciel, du moins vers les satellites militaires qui, de l'espace, relient tous les soldats de Barkhane à Paris. [i «Il s'agit du plus grand hub satellitaire déployé par l'armée française, explique fièrement un sous-officier. Nous sommes dans l'ère du tout satellite qui est notre support premier pour véhiculer des données numériques. Elles peuvent être lourdes, par exemple les vidéos transmises en direct par un drone. Cette station THD est de génération Syracuse 3, et à ce service principal s'ajoute une antenne HD, qui est un peu notre plan B». Entretien de la station, dépannage, évolution technique : le service est H24, et le matériel est donc soumis à rude épreuve. «Nous sommes très dépendants de l'énergie et de la climatisation, ajoute le sous-officier. Nous avons donc des groupes électrogènes en cas de coupure électrique – assez fréquentes par ici – et un système de climatisation. Car si la station chauffe, elle s'arrête, et là c'est… catastrophique».

Ce service gère également des moyens satellitaires plus réduits, qui peuvent être envoyés par avion jusqu'à un poste avancé. Il a également en son sein un spécialiste des réseaux hertziens, et des techniciens de maintenance.

Mais la radio n'a pas disparu pour autant. Elle équipe encore toutes les unités, et fait office de parade là où le satellite est inopérant. «C'est un moyen de secours indispensable», explique un militaire du rang, qui a passé deux mois dans le désert de Madama, au nord du Niger. Chaque jour, le contact radio est établi à partir de N'Djamena avec tous les PC de Barkhane. Si la technologie satellitaire venait à flancher, la chaîne du commandement ne serait donc pas interrompue. Sur un tel espace géographique, ce lien est vital».

 


© Droits reservés
Le groupement de transmissions de l'opération Barkhane est une mécanique très pointue, ayant recours à une gamme de compétences très large. Un spectre étendu peuplé d'acteurs au langage parfois obscur. Le militaire évolue en effet au milieu de nombreux sigles et acronymes, et les termes techniques s'y ajoutant, l'ensemble paraît codé…

Parmi les «métiers» rencontrés à N'Djamena, il est en un bien mystérieux : le chiffrement. Dans des locaux hypersécurisés, un petit groupe travaille au codage des postes radios et de tous les flux de communication entre les unités. Les clés de chiffrement, qui viennent de France, sont changées régulièrement afin que l'ennemi ne puisse pas percer le sens des messages. Très discrets sur leur fonction, les chiffreurs prennent les avions militaires pour installer les nouveaux codes sur des radios éloignées parfois de milliers de kilomètres. Autre cellule qui cultive le secret, le service de cybersécurité. Le capitaine Etienne et l'adjudant Delphine gèrent des milliers de mots de passe, permettant d'accéder aux différents réseaux informatiques. Tout dépend du niveau de confidentialité. Un militaire peut consulter internet sur un ordinateur, mais ce réseau est dit «non protégé». Pour les messages à «diffusion restreinte», ou estampillés «classé défense» ou «confidentiel», il devra apprendre à jongler sur plusieurs ordinateurs et autant de mots de passe. L'affaire est très sérieuse car personne ne doit pénétrer dans le ou les réseaux informatiques de la Défense – une cyberattaque étant toujours redoutée. «Nous veillons à ce que les consignes de sécurité informatique soient strictement respectées, explique l'adjudant Delphine. Une clé USB ne peut pas être insérée dans une unité centrale si elle n'est pas passée préalablement pas une station dite «blanche», qui garantit sa «propreté». Nous avons souvent des alertes et un virus est détecté chaque semaine…».

Autre structure qui ne fait pas de bruit, beaucoup moins bruyante qu'une attaque d'hélicoptère et moins visible qu'un convoi géant du Bataillon logistique traversant le désert : le centre de transmission des messages. Il reçoit et rediffuse des ordres confidentiels défense ou à diffusion restreinte. Une quarantaine de messages chaque jour, adressés aux principaux cadres de Barkhane, et nécessitant d'être lus dans les temps. C'est son habilitation «secret-défense» qui permet à un sous-officier de relancer un colonel pas assez réactif. Ou quand la fonction l'emporte sur le grade…

Il faut montrer patte blanche
On retrouve les transmetteurs du 48e RT d'Agen dans des missions très spécialisées, comme la gestion des antennes satellites (de différentes tailles et puissances), la maintenance des systèmes et réseaux à l'échelle de toute la BSS (intranet, internet et services confidentiels d'emploi des forces), ou encore dans la gestion du réseau téléphonique. Mais il est une mission moins technique mais pas moins importante : la sécurité de certains points névralgiques du camp Kossei. Celle du périmètre extérieur est confiée aux fantassins du groupement tactique blindé Conti, mais trois sites intérieurs du camp (le centre des opérations, le quartier général et le centre de transmissions) sont confiés au GTRS, donc aux militaires du 48e RT. 24 heures sur 24, ils surveillent, filtrent les entrées de ces trois points. Malheur à qui n'a pas le bon laissez-passer… l
 
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