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Chute du baril du pétrole : le Tchad se diversifie

Par ekonomico.fr/ - 16/11/2016

Entre une crise économique et une crise géopolitique, le Tchad se lance dans une profonde réforme structurelle. Pris à la gorge par un contexte rude, le gouvernement tente en effet de garder le cap

 

Quels seront les piliers du développement des pays exportateurs de pétrole, maintenant que la valeur marchande de l’or noir est en berne ? Voilà la dure réalité à laquelle se confrontent la plupart des pays en voie de développement qui avaient fait le pari de la rente hydrocarbure. Ce déclin aussi important que subit affecte particulièrement durement le Tchad. Ce vaste pays d’Afrique centrale tirait en effet deux tiers de son PIB et 70 % de ses recettes budgétaires du pétrole. La baisse drastique du prix du baril a provoqué une double crise financière et économique qui frappe le pays et qui a poussé les autorités à adopter des mesures d’austérité. De plus, les raids de Boko Haram ont poussé à la fermeture de la frontière avec le Nigeria (première économie du continent, et premier partenaire économique du Tchad). Ce contexte pénalise largement la croissance de l’économie tchadienne hors pétrole, dans lesquels le gouvernement réinvestissait généreusement les bénéfices tirés de son sous-sol.

Il y a un peu plus de deux ans, lorsque les prix ont commencé leur intransigeante dégringolade, le Tchad a été pris de cours. Le pays venait de lancer la construction d’une Cité internationale des affaires à N’djamena – des chantiers stoppés net par la crise. « La difficulté tient au fait qu’en dehors de la redevance, qui dépend de la production, les taxes adossées au pétrole sont tributaires de la rentabilité du secteur. Et celle-ci n’est manifestement pas au rendez-vous en ce moment, au regard du niveau actuel du cours », souligne Jaouhar Ben Zid, le directeur opérationnel de Deloitte au Tchad. De fait, les finances publiques tchadiennes étaient vulnérables et la remise de dette par l’Initiative pays pauvres très endettés (PPTE) a tout juste permis à N’djanema de rester debout. Le programme a allégé de 1,1 milliard de dollars (environ 1 milliard d’euros) les remboursements vis à-vis de bailleurs multilatéraux (FMI, BAD et Banque mondiale) et de 62,6 millions de dollars à l’égard de créanciers publics (Club de Paris).

« La faiblesse majeure de l’économie tchadienne réside dans l’absence d’une masse critique d’entreprises compétitives et créatrices de richesses et d’emplois », analyse Emmanuel Leroueil, le directeur Afrique centrale du cabinet de conseil et d’audit Performances. Alors même que le pays était en train de financer un cadre propice à la prise en charge hors rente hydrocarbure de son propre développement, la source a tari. Voilà toute la délicate question de l’émergence des pays en voie de développement qui se pose au Tchad : son avenir économique doit être portée par des sources de croissance diversifiées et durables, mais pour les obtenir, il faut des fonds en amont. Le premier Plan national de développement (PND) de trois ans s’est achevé l’année dernière. Cependant, la route est encore longue : « Le bilan est insuffisant. Il y a eu des avancées dans le domaine des infrastructures, mais pas assez de développements pour les moteurs de croissance », constate Emmanuel Leroueil, le directeur Afrique centrale du cabinet Performances.

En outre, le pays est confronté à une situation géopolitique très difficile. L’économie du Tchad est très lourdement affectée par le conflit transfrontalier contre la secte islamiste Boko Haram. N’djanema a dû voler au secours de ses deux voisins nigérian et camerounais. Or, les engagements militaires du pays pour aider ses voisins ont coûté plus de 85 milliards de F CFA pour la seule année 2015. Sans compter les dépenses liées à la sécurisation de son propre territoire, de plus en plus visé par les terroristes. A cela, il faut ajouter une crise de réfugiés sans précédent pour la région : depuis 2013, plus de 2,7 millions de personnes ont été déplacées à travers le nord-est du Nigeria, au Cameroun, au Tchad et au Niger en raison de l’insurrection. Nombre d’entre eux se sont rendus au Tchad, notamment parce que l’armée tchadienne a été la première à infliger de résineux revers à la secte islamiste sur le terrain, alors que les forces nigérianes étaient encore en déroute.

 


© Droits reservés
Devant l’urgence de la situation, le gouvernement tchadien s’organise. Il a pris le mois dernier 16 mesures de crise afin de mettre en place un austérité budgétaire stricte et renforcer les secteurs fragiles. Secrétaire général du MPS, le parti au pouvoir, expliquait cette démarche : « Ce sont des mesures très difficiles ! C’est une pilule difficile à avaler parce que c’est très amer, mais mieux vaut avaler la pilule maintenant pour avoir la santé d’ici six mois, que de ne pas le faire et de se faire emporter dans six mois par ces situations ». Le pays s’est ainsi forcé à supprimer le programme de bourse annuelle estudiantine de 360 000 F CFA (environ 550 euros). Il a aussi mis en œuvre une réduction de 50 % des indemnité des députés, très impopulaire. Mardi 25 Octobre dernier, le gouvernement a également redéfini son plan stratégique « vision 2030 ».

La ministre tchadienne de l’Economie et de la Planification du Développement, Mme Mariam Mahamat Nour a expliqué les coulisses de ce processus à la presse : « C’est la première fois que le Tchad se dote d’une vision stratégique sur 15 ans. L’approche a été vraiment participative en incluant toutes les couches de la population ». Le projet de loi de finances 2017 adopté lundi par le gouvernement prévoit aussi des innovations fiscales, afin d’améliorer le niveau des recettes hors pétrole. Il comprend la hausse à 18 % des droits d’accise qui seront appliqués à la téléphonie mobile, ou encore le basculement des agences de voyages, vers un régime d’impôts normal. Dans le même temps, un prêt de 20 millions de dollars vient d’être autorisé par l’Assemblée nationale pour financer trois projets autour de la construction de micro-barrages dans région du centre et de l’est du pays (le Guéra, le Ouaddai et le Wadi Fira). Ces projets devraient affecter 180 000 habitants dont 95 % vivent dans des zones rurales – les plus démunies.

Ce projet réaffirme que l’agriculture et l’élevage figurent parmi les priorités du nouveau quinquennat d’Idriss Déby, président tchadien. Le gouvernement a fait du secteur son cheval de bataille pour relancer l’économie. Il emploie directement et indirectement plus de 40 % de la population et représente le deuxième secteur de l’économie après le pétrole. Avec un cheptel considérable (94 millions de têtes, soit sept têtes par habitant), 39 millions d’hectares de terres cultivables et une importante réserve d’eau (Lac Tchad), Idriss Déby prouve qu’il connait les atouts de son pays. Il compte procéder à l’aménagement d’environ 250 000 hectares de terres sur le territoire national dans les années à venir. Il s’agit pour lui d’une question de « survie » : « Le pétrole, c’est la pauvreté. Le développement, c’est l’agriculture et l’élevage. Ce sont les deux mamelles. Il ne faut pas vous tromper : l’émergence du Tchad, dont nous rêvons tous, ne peut avoir lieu que si nous nous tournons résolument vers l’agriculture et l’élevage, seuls gages de la sécurité alimentaire. L’émergence du pays ne peut pas venir du pétrole, ni d’autres ressources minières. »

Le Président Déby, dont c’est le dernier mandat, s’apprête à mettre fin à un long séjour à la tête de l’état. Il multiplie les efforts pour finaliser son projet en tant que chef d’Etat. Avec tout juste cinq ans pour boucler la boucle, il fait face à des vents contraires. Après quoi, malgré le contexte difficile, il entrera dans l’histoire, et sera livré au jugement de la postérité.
 
MOTS CLES :  Tchad   Pétrole   Baril   Economie 

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16/11/2016 12:15

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