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Développement: Sur les traces du «Tchad émergent»

Par affairesinternationales.fr - 04/11/2016

Afin de moderniser le pays, le gouvernement tchadien a lancé coup sur coup plusieurs réformes qui intéressent à la fois les institutions et l’économie

 

Afin de moderniser le pays, le gouvernement tchadien a lancé coup sur coup plusieurs réformes qui intéressent à la fois les institutions et l’économie. Malgré les moyens considérables déployés dans la lutte contre Boko Haram, le Tchad cherche à se frayer un chemin à travers l’essor du continent africain, annoncé pour la seconde moitié de ce siècle.

La modernisation, au Tchad, avait déjà pris du galon en août dernier. Quatre mois après la réélection d’Idriss Déby Itno, l’équipe gouvernementale, formée par le Premier ministre Padacke Albert Pahim, s’est ouverte à de nouveaux visages. Et ce pour une nouvelle direction. Parmi les néo-ministres, le poste de Garde des Sceaux a été confié à Hamid Mahamat Dahalob, chef du Mouvement pour la démocratie et le socialisme au Tchad (MDST) qui avait fini par soutenir la candidature du président sortant. Pour ce dernier, «l’émergence du Tchad est déjà une réalité (…) et n’est pas un vain mot.» Tout en affirmant qu’il n’hésitera pas à «attirer l’attention des pouvoirs publics» en cas de désaccord, il estime que «d’ici 2020, le Tchad sera un pays véritablement émergent car nous sommes sur la bonne voie.»

Difficile de lui donner tort. Son entrée au gouvernement témoignait déjà d’une volonté politique forte du Premier ministre et du président de la République. Celle de redynamiser la gestion d’un pays mis à mal par la chute vertigineuse du prix du baril de pétrole et de ses revenus publics. Le Tchad a donc choisi de miser sur le changement de modèle. Et pour cause : le pays se trouve à l’orée de changements structurels majeurs.

Fin de la centralisation étatique
Tout d’abord, la révolution démographique commence à poindre dans le pays. Si la population croît effectivement dans toute l’Afrique, la problématique est sensible dans les régions économiquement faibles et au taux d’urbanisation bas. Si celui-ci est appelé à grossir dans les prochaines années, «cette croissance urbaine galopante ne va malheureusement pas de pair avec le développement économique» a mis en garde le docteur Houdeïngar David, ministre tchadien de l’Aménagement du territoire et de l’urbanisme. A l’heure actuelle, «elle a souvent pour corollaire une progression de la pauvreté urbaine, source de nombreux dysfonctionnements dans la gestion et la maîtrise du développement de nos villes» poursuit-il.

Une expansion non encadrée se caractérise en effet trop souvent d’une accentuation des inégalités sociales. C’est pour pallier ce manque de vision que l’Etat a organisé le «Forum urbain national». Premier du genre, il s’est ouvert mercredi 26 octobre dernier et doit permettre de lancer des pistes favorisant le développement urbain du pays, notamment en suivant une approche décentralisée. La semaine dernière, Idriss Déby Itno – dont la décentralisation était l’une des promesses de campagne – a d’ailleurs créé par décret un Haut comité chargé des réformes institutionnelles (HCRI), sensé œuvrer pour un renforcement de l’autonomie des entités territoriales. Le but ? Faire du Tchad une entité étatique fédérale. A ce titre, le décret a pour mission de «définir et exécuter, initier, proposer et conduire toutes réformes touchant aux institutions de la République», et de mettre fin au monopole d’un État centralisé.

Idriss Déby était pourtant initialement farouchement opposée à l’idée de décentralisation. Il craignait qu’elle ne fragilise l’unité du Tchad. Mais devant l’évidence du besoin de modernisation du pays, il est finalement revenu sur sa position, affirmant que le Tchad était désormais prêt à accueillir un État fédéral capable de faire face aux clivages ethniques. Et a ainsi provoqué la surprise en soutenant une réforme demandée par l’opposition, puis en affirmant vouloir l’inclure dans un projet de nouvelle Constitution.

 


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La Place de la nation à N'Djamena

«L’émergence du pays ne peut pas venir du pétrole» selon le Président Déby
D’un point de vue économique, et malgré la crise des hydrocarbures, le Tchad continue de bénéficier d’une croissance forte avec 7,3 % de moyenne entre 2011 et 2015. Cependant, le pays a besoin d’un sérieux assainissement des finances publiques, alors que le prix de ses exportations s’effondre. S’il pratique depuis près de dix ans une politique de diversification économique, la conjecture pousse le pays à approfondir ses efforts pour sortir définitivement du tout pétrole et opérer un retour massif à la terre.

En ce sens, le Président Déby a eu le mérite d’être clair: «Il ne faut pas vous tromper: l’émergence du Tchad, dont nous rêvons tous, ne peut avoir lieu que si nous nous tournons résolument vers l’agriculture et l’élevage, seuls gages de la sécurité alimentaire. L’émergence du pays ne peut pas venir du pétrole, ni d’autres ressources minières». A cette fin, il a lancé au lendemain de sa réélection une grande campagne agricole qui s’étalera sur la période 2016-2017, et favorise les microcrédits pour les producteurs ruraux.

Il s’agit donc, pour le gouvernement, de soutenir les activités à la base. Cette priorité donnée aux exploitations de petite échelle peut néanmoins être trompeuse. Avec un cheptel de 94 millions de têtes – ce qui représente en moyenne sept têtes par habitant – et plus de 39 millions d’hectares de terres cultivables, le Tchad dispose d’un potentiel agricole quasiment inégalé sur le continent. Aussi fait-il figure d’exception : alors que de nombreux pays s’orientent vers l’industrie pour assurer leur croissance, son émergence sera principalement portée par le secteur primaire.

En renforçant les exploitations plus modestes, le gouvernement tchadien renforce également la vitalité d’un secteur dans son ensemble. Que ce soit par la fédéralisation ou ces aides personnalisées, le Tchad prévoit un développement basé sur les collectivités et les individus. Un exemple qui devrait être suivi par bien d’autres pays, et cela autant sur le continent africain – où la productivité agricole est proportionnellement quatre fois inférieure à celle de l’Europe – qu’ailleurs. Comme l’affirmait Hamid Mahamat Dahalob peu avant la présidentielle d’avril dernier, «la finalité c’est de donner aux Tchadiens la possibilité à tous les niveaux de gérer eux-mêmes les ressources de leurs terroirs».
 

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