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Lutte contre le terrorisme: comment sauver le Sahel?

Par Mohamed Hedi Abdellaoui, AA - 01/11/2016

Des spécialistes avancent, entre autres solutions, le renforcement des armées nationales et l'élaboration de plans de développement alliant le politique, l'économique et le social

 

Le Sahel qui baigne dans un chaos sanglant ne peut offrir aucune perspective viable à ses populations livrées à elles-mêmes, tant qu’il n’y a pas de changement tangible dans les orientations politiques globales, de l’avis de certains observateurs joints par Anadolu.

De la Mauritanie au Tchad en passant par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, violences et exactions sommaires font le lot quotidien d’une partie des populations de la zone. Aux commandes du mal, des groupes extrémistes comme Al-Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi) et ses alliés, le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’ouest (Mujao) et des réseaux mafieux.

Mais la carte du Sahel se veut encore plus compliquée avec la présence de groupes armés plaidant pour l’autonomie des régions qu’ils représentent, tels les mouvements armés de l’Azawad dans le Nord-Mali et d’autres groupes réclamant plus de droits comme les peuls, peuple d'éleveurs occupant la bande sahélo-saharienne.

Un état des lieux qui donne à lire que le salut du Sahel, région désertique de 3 millions de km², n’est point une sinécure, compte tenu des moyens politiques, économiques et de défense modestes des Etats concernés, mais aussi de la multitude et de l’intersection des intérêts des principaux protagonistes.

A la question de savoir si le sauvetage de la région est possible, Pierre Bertet, spécialiste indépendant des questions sécuritaires collaborant avec la mission onusienne au Mali, la Minusma, livre une alternative aux dénouements opposés.

«Je ne vois que deux avenirs pour le Sahel. Ou les pays du G5 (Mali, Mauritanie, Tchad, Burkina Faso et Niger, ndlr) prennent leur question de défense et de sécurité à bras le corps en initiant une coopération Sud-Sud, et le Sahel rayonnera. Le cas échéant, on va vers la balkanisation», dit-il à Anadolu.

Une balkanisation qui serait motivée selon lui par les enjeux stratégiques inhérents à la région. «Si le Sahel n'avait que du vent, du soleil et des chèvres, personne ne s'en soucierait, et il n'y aurait bien évidemment aucun combat», commente-t-il.

Pétrole, gaz, or, uranium, diamant, phosphate, bauxite, plutonium, manganèse, cobalt, sont autant de bonnes raisons qui font de la région «un espace de convoitise», selon des rapports de médias africains et internationaux.

Mettant en garde contre l’expansion territoriale des groupes armés extrémistes et des narcotrafiquants, Abdoulaye Abdourahmane Ahmadou, consultant nigérien en prévention des conflits pour le centre de recherche stratégique pour la paix de Kofi Annan, appelle à la conjugaison des efforts de tous les acteurs afin de sauver le Sahel.

«Les Etats sont à pieds d'œuvre pour conduire des opérations militaires concertées face aux ennemis. C'est le cas de la force onusienne au Mali et de la force multinationale mixte pour la lutte contre Boko Haram. Mais ces efforts demeurent insuffisants. Il faut une approche globale alliant le sécuritaire, l’économique et le social», prône-t-il dans un entretien avec Anadolu.

 


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Tout laisser-aller et toute indifférence de la communauté internationale conduiraient, selon ce spécialiste, à l’occupation de l’espace Sahel par Aqmi et Daech, très présent en Libye, plaque tournante des armes et d’autres trafics depuis le renversement du régime Kadhafi en 2011.

Rida Lyammouri, fondateur du «Sahel MeMo Consulting», cabinet de conseil stratégique basé à Washington, préconise, dans une déclaration à Anadolu, de s’attaquer aux racines des conflits communautaires.

Lyammouri recommande ainsi d'ouvrir les canaux du dialogue avec les groupes armés non extrémistes en vue d’assécher les sources des groupes fanatiques qui parient sur la misère sociale pour recruter parmi les jeunes sahéliens et alimenter leur machine de guerre.

«La misère produit des bombes humaines. Il faut des programmes de développement bien déterminés qui soient orientés vers des cibles bien précises. Les Etats du Sahel sont à cours de moyens pour passer à l’action, d’où la nécessité d’un apport significatif de la communauté internationale. Car l’instabilité du Sahel est une menace non seulement pour le continent africain, mais aussi pour le monde entier», alerte l’analyste, saluant l’implication de l’Allemagne.

Lors d’une récente tournée africaine qui l’a amenée, début octobre, au Mali puis au Niger avant d’arriver en Ethiopie, la chancelière allemande Angela Merkel a annoncé la construction d’une base militaire au Niger et la tenue en 2017 d’une conférence à Berlin, sur le développement du continent, à commencer par la région sahélo-saharienne.

Sylvain Chibani, ancien consultant de l’Union africaine (UA) sur les questions stratégiques et de défense, insiste, quant à lui, sur la réforme et le nécessaire assainissement des armées africaines, pour toute avancée sur la voie de la pacification des régions embrasées.

«Les armées des Etats en question n’ont pas les budgets conséquents pour se moderniser et être au diapason des profondes mutations que connaissent leurs régions et le monde. La plupart des gouvernants en font des outils pour leur propre défense et non pour la défense des pays et des nations qu’elles représentent. D'autant que ces gouvernants ne contrôlent, souvent, que les capitales où ils sont établis, alors que le reste des territoires leur échappent», fait remarquer Chibani, joint par Anadolu.

Ce spécialiste des questions de défense plaide, au demeurant, pour une coopération avec les partenaires occidentaux, sans pour autant leur céder les commandes.

«Accepter l'aide occidentale ne veut pas dire croiser les bras et céder la direction de son destin à autrui. Il faut collaborer avec les Occidentaux et se perfectionner à leur contact. C’est ainsi que l’on peut avancer pour ensuite devenir le maître de son propre destin», conclut-t-il.
 
MOTS CLES :  Sahel   Terrorisme   Abdoulaye Abdourahmane Ahmadou   Aqmi   Azawad 

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